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Antibalas, Where the gods are in peace (Daptone Records)

Le 2 août 1997 disparut le prolifique Fela Anikulapo Kuti, chanteur et saxophoniste usé par une vie de lutte contre le pouvoir militaire en place au Nigeria ; lui qui déclarait « I’m using my music as a weapon », pour décrire son combat contre la corruption et le néo-colonialisme des multinationales qui gangrènent son Afrique natale. Onze ans plus tard, en 1998 les membres d'Antibalas se réunirent dans un pub de Harlem pour continuer à célébrer l’afrobeat, ce mouvement musical initié par le maître, et qui unit soul, jazz et rythmes africains pour véhiculer un message de liberté et de paix universelle.

De New York, à Brooklyn, les musiciens du collectif reprennent la flamme allumée par Fela et lui insufflent généreusement leurs influences personnelles, enrichissant de leurs expériences cette musique spirituelle et engagée. Car le groupe, qui sort son premier album un an plus tard, tourne rapidement dans le monde entier, partageant la scène avec Medeski Martin & Wood, The Roots ou Public Enemy, invitant Femi Kuti ou Tony Allen (batteur de Fela Kuti et fondateur de l’Afrobeat).
Les membres d’Antibalas poursuivent entre deux albums une carrière propre, riche de rencontre, en participant aux projets d’artistes tels qu’Amy Winehouse, Angelique Kidjo, David Byrne, ou The Black Keys.

 

Where the gods are in peace célèbre pour la sixième fois la réunion du collectif en studio. Et ces douze musiciens télépathes, qui font avancer cette musique au rythme implacable et à la précision ébouriffante comme un seul homme, nous livrent une fois encore un opus au groove afro-funk irrésistible. Les arrangements servent avantageusement les compositions, et la production joue subtilement du placement des instruments dans l’espace, notamment par le savant dosage d’une réverb' psychédélique, scénarisant les morceaux et mettant en lumière le dialogue entre les musiciens.

L’album s’ouvre sur un riff de guitare en boucle qui semble vaciller comme la flamme d’une bougie, et éclairer un clavier aux harmonies troubles, dans chaleur des cuivres. Un solo de trombone s’y immisce et s’égare en de longues volutes, avant d’être happé par le train de la rythmique. L’esprit afrobeat hante ces pistes dans leur pulsation et jusque dans les chorus incisifs des cuivres, mais le foisonnement des sonorités et la luxuriance des mélopées qui sont la marque d’Antibalas font de cet album un objet unique, une boite à musique jubilatoire dont les mélodies répétitives ne provoquent jamais l’ennui.

Chroniques - par Xavier Leblanc - 17 octobre 2017


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