Geraldo Nuñez & Ulf Wakenius, Logos, Act, 2016

«  Il ne lâche jamais sur l’essence du flamenco, cet incendie qui ne s’éteint jamais », cette phrase conclusive tirée d’une chronique chorégraphique du journal Le Monde m’a semblé coller parfaitement à l’album Logos. C’est que l’essence du flamenco, c’est le brassage, loin d’un improbable concept de pureté. Le dialogue Nord-Sud engagé par le guitariste suédois Ulf Wakenius et Gerardo Nuñez, le guitariste flamenco natif de Jerez de la Frontera, n’est donc nullement une hérésie et bien plutôt la signature d’une véritable empathie où chacun mûrit son langage dans le dialogue avec l’autre.

Suite à une rencontre fortuite à Berlin en 2014, Gerardo Nuñez invite Ulf Wakenius dans un studio madrilène pour croiser le fer. « Logos », la plage qui ouvre l’album et lui donne son titre, avec le son si caractéristique de la guitare flamenca et des « palmas » qui ouvrent le bal, dit tout ce qui se joue là et qui ne manquera pas de couler jusqu’à « Fui Piedra »( je fus comme une pierre), la longue dernière plage (9 minutes) qui s’inscrit aussi dans la tradition gitane du chant avec la voix de Cancun, une voix rauque, rugueuse, dite « affila », qui blesse ( « que hiere »)  C’est assez virtuose, voire ludique, mais sans excès démonstratif, en tout cas fort éloigné des prestations données par Paco de Lucia avec John Mc Laughlin et Al Di Meola à la fin des années 1970. L’ambiance n’est pas trop sombre, avec de belles mélodies, sans l’hystérie qu’on peut parfois prêter au flamenco. Comme dans une entente cordiale, chacun fait un pas vers l’autre, jusqu’au troisième larron Cepillo qui fait sonner ses percussions en un esprit jazz fusion, avec une frappe plus rapide et légère, proche des percussions d’Amérique latine. Incombe à Gerardo Nuñez les attaques rythmiques, les brisures, la sonorité brillante (cela tient aux spécificités de la guitare flamenca plus étroite et plus légère, à la conformation de sa caisse qui fait que le son est réfléchi plus vite, ce qui donne une dynamique plus violente, une sonorité plus brillante et une plus grande vigueur dans l’attaque), à Wakenius ( guitare acoustique en cordes nylon) les lignes plus horizontales et la logique du développement mélodique.

Gerardo Nuñez signe l’essentiel des compositions, toutes inscrites dans une tradition flamenca librement réinterprétée. On relèvera la langoureuse déambulation de « Sevilla » et l’incantatoire « Fui Piedra », unique titre chanté qui se conclut dans son dernier tiers par une envolée lyrique de Wakenius. « Mirlo », seule composition de ce dernier, quoique plus rêveuse, s’inscrit avec élégance dans le climat du disque alors que les rythmes binaires de la rumba sont bien là comme dans « Habana ». « Liber Pater » a un côté ballade aux allures moyen–orientales où ce qui ressemble étrangement au son d’un oud diffuse une profonde nostalgie.

Geraldo Nuñez: guitare flamenca / Ulf Wakenius : guitare acoustique / Cepillo : percussions / Cancun : chant


 

 

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