Quintet Bumbac, Libre voyage dans les musiques des Balkans, collectif Çok Malko/L'autre distribution, 2016

Parfois, un titre congrue. Dans le cas de ce libre voyage, il congrue bien. Le quintet à corde pérégrine en effet librement dans les traditions balkaniques, sans s'effrayer de transgresser leurs frontières, leurs époques et leurs publics (savants ou populaires). Libre voyage donc, mais comme disait le grand Sam, « nous ne voyageons pas pour le plaisir de voyager, que je sache ; nous sommes cons, mais pas à ce point. » Pas cons à ce point, les cinq musiciens voyagent pour la musique et pour la liberté, pour bien d'autres raisons qu'il ne m'appartient pas de divulguer et que je ne connais de toute façon pas.

Les musiques des Balkans, tout un programme. D'autant que David Brossier, à la composition/arrangement ainsi qu'au violon d'amour, propose pour l'essentiel des partitions originales, entrelacées avec des reprises de répertoires traditionnelles. Mais sur l'heure que dure l'album, la sauce prend remarquablement grâce à une écriture qu'on sent pénétrée des traditions ici voyagées, selon un modus operandi qui les reprend de façon très littérale. Ni fusion ni dialogue des cultures ici, mais une appropriation personnelle irréprochablement exécutée de répertoires et de traditions. D'où un plaisir d'auditeur – dans l'ensemble profane de ces musiques, soyons sérieux – à retrouver l'aksak de ces confins orientaux de l'Europe, les mélodies répétées et entêtantes que David Brossier parvient à reproduire et à réinventer avec succès, un contrepoint au groove (je ne vois pas d'autre terme) indubitable. Un bien beau programme dans une formation qui ne choisit pas la facilité en se cantonnant aux cordes frottées, comme un bel hommage aux tarafs et autres ensembles de musiques traditionnelles des Balkans, comme un pied de nez aux reprises pléthoriques de ces musiques qui les travestissent dans le zoum zoum boum boum.

Par ailleurs, le projet se singularise par l'emprunt de sentiers plus inattendus, notamment celui qui emmène les musicien-nes vers une sonorité parfois très baroque, qui fait briller le sens harmonique et rythmique des basses (Léonore Grollemund au violoncelle et Anita Pardo, par exemple sur ''Nici nu ninge, nici nu plouă'') et qui fait songer de loin aux œuvres ''classiques'' ottomanes – Dimitri Cantemir, par exemple, récemment réinterprété par l'ensemble Hespérion. D'autres étapes : la danse, bien sûr, les danses, plus encore, l'humour finement troussé (''Ba-bar''), des confrontations très justes avec des formes plus contemporaines (l'ostinato initial de ''Banat Etc''). Tout plein de choses, qui séduisent le plus souvent en dépit de certains tics d'écriture sans doute propre à la démarche elle-même.

Donc, le titre congrue au top : un libre voyage dans les traditions balkaniques, travaillées et connues avec sérieux et envie, en écho à la complicité d'ensemble du quintet qui se fait entendre au long de ces quatorze plages. Un voyage au plus près de ces traditions, qui parvient à apporter avec justesse ce qu'il faut de personnalité et de singularité pour en faire un peu plus qu'un enregistrement ethnomusicologique ou, horreur !, de world... D'où une envie de dire aux curieux et aux anti-puritains de jeter un coup d'oreille à ce beau disque. A ce véritable de voyage et de musiques, qui fait dire qu'on est peut-être cons à ce point.

David Brossier : violon d'amour / Ariane Cohen-Adad : violon / Aline Haelberg : violon, alto / Léonore Grollemun : violoncelle / Anita Pardo : Contrebasse


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