Hubert Dupont, Golan, Al Joulan, Vol.1, Ultrack/Musea, 2016

 

A force d'écouter trop de musiques, on finit par développer des amitiés purement musicales. Des musiciens qu'on entend là, qui nous surprennent ailleurs, reviennent, partent, on n'y pense plus, les revoilà. Hubert Dupont, c'est ce genre de pote revenant pléthore, et qui ajoute à l'hyperactivité sur galettes une versatilité des centres d'intérêts : en plus de son tropisme pour les musiques arabes lui fait pousser la walking bass avec Mike Ladd, Claudine François et Hamid Drake, Rudresh Mahanthappa, Brice Wassy, Hervé Samb, Nelson Veras, Benoît Delbecq, etc. Versatile, mais exigeant.

Qu'est-ce qui fait donc qu'un copain, c'est un copain ? Ma théorie personnelle veut que le copain est quelqu'un qu'on peut insulter sans le vexer ; mais comme en vrai Hubert Dupont n'est pas mon copain, je ne vais pas lui donner du ''gros enfoiré'', il risquerait de se vexer. Non, un copain, c'est surtout quelqu'un qu'on connaît dans tous ses recoins : les marottes et monomanies, des plus récentes aux plus anciennes comme cette attaque de la basse qui donne son groove massif et si particulier à Hubert Dupont, ou cet attrait de plus en plus central pour certaines musiques traditionnelles. Autre recoin avec les amis qui l'entourent, des plus récents aux plus anciens et qui aujourd'hui se retrouvent sur ce Golan : Naïssam Jalal, toujours coruscante à la flûte, Matthieu Donarier itou à la clarinette, les belles percus de Youssef Hbeisch, l'oud discret mais sensible d'Ahmad Al Khatib, le violon (le violon, oui, merci...) de Zied Zouari.

Autant dire que mon poto Dupont T revient avec tout pour que j'en conclue, cruel et blasé, : ''voilà un bon petit Hubert Dupont''. Mais ce serait un piètre ami, celui qui me ferait parler comme un aussi sinistre individu. Et autant on retrouvera du connu et du familier dans cet album (voir le récent Jasmim, notamment), autant Hubert Dupont surprend en poussant de plus en plus loin l'immersion dans les musiques avec lesquelles il dialogue. Sur ''Pass Pass'', grâce notamment à un travail magnifique de Youssef Hbeisch aux percussions, Dupont et ses ouailles s'imprègnent d'une sonorité et d'une forme très roots dans le traitement de la mélodie et dans les rythmiques très elliptiques de cette longue suite, qui magnifie les interventions de la contrebasse au double-rôle de chaman et de jazzman – et peut-être, on a un doute, est-ce la même chose plus souvent qu'on ne le croit...

Dans le même ordre d'idée, cette longue ''Haïfa la Nuit'', qui met en avant le violon et l'oud, donne également à entendre des sonorités très proches des traditions revendiquées, d'une proximité qu'on n'avait pas entendue poussée à ce point dans la discographie d'Hubert Dupont. Il en ressort notamment une approche de la mélodie vraiment emballante dans sa simplicité feinte – parce que derrière, c'est calé, hein.

Vraiment un ami, le Hubert Dupont, qui vous fait le quitter avec cette douce impression que s'il est toujours le même, il ne cesse de vous révéler une, deux, douze facettes de sa personnalité dont vous ne saviez rien. Et l'ensemble est cohérent. Et ça vous plaît. Et c'est votre pote, quoi.

Hubert Dupont : contrebasse / Youssef Hbeisch : riq, bendir, derboukas, percussion / Ahmad Al Khatib : oud / Naïssam Jalal : flûte / Zied Zouari : violon / Matthieu Donarier : clarinette


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