Mornas do Cabo Verde (Lusafrica)

«  sodade » de Césaria Evora, c’était il y a vingt ans ; déjà (eh oui !). Et «  Miss Perfumado » (le titre est inclus dans l’album chroniqué ici). Vous vous souvenez ? Je ne vous fais pas un dessin : la nostalgie, la mélancolie et son soleil noir sans remède, c’est ce que distille la morna cap-verdienne. Elle a beau être une danse de couple, la morna se caractérise avant tout par un son plaintif et doux, un balancement régulier de droite à gauche. Ses poésies en portugais créolisé disent l’ailleurs, le départ, le retour, la mer, l’amour du petit pays et les atermoiements du cœur. Une sorte de translation africaine du fado. Loin de la rumba congolaise ou du high Life nigérian.

Genre né au milieu du 19° siècle - qui ne fonctionne que sur une seule tonalité -  et popularisé dans les années 1920 par Eugenio Tavares, la morna s’est modernisée au fil du temps sous les auspices des compositeurs Fernando Quejas et B. Leza (Francis–Xavier de Cruz) qui introduisit le « demi-ton brésilien ». Elle a pris son envol définitif à Sao Vicente, ville la plus cosmopolite du pays, en cassant le moule classique pour devenir définitivement l’emblème du Cap–Vert comme le fado l’est du Portugal.  

Vers quoi regarde le Cap Vert : l’Afrique, le Brésil, le Portugal ? A l’écoute des mornas, nous, auditeurs européens,  n’avonspas le sentiment de baigner dans un monde africain. On note, çà et là, les sons acides de la guitare portugaise, un chant qui épouse les inflexions du fado, des développements harmoniques proche du choro brésilien et dans les poésies, une forme de pathos romantique lusitanien. Mais au final, la morna, avec sa dimension intemporelle,  dévoile une forme de pudeur qui fend l’âme. 

Une morna se dévide comme une pelote de laine : tout commence par l’introduction  d’un instrument soliste (le plus souvent, la rabeca, la clarinette ou le piano) avant que strophes et refrains s’enchainent de manière uniforme, sans déchets mais sans surprise non plus, bien que le déroulé connaissent fréquemment une improvisation d’un instrument soliste au mitan du morceau. Mornas do Cabo Verde confirme l’évidence : les cap-verdiens aiment le chant,  sans cri ni âpreté mais pas sans émotion. La morna appelle un instrumentarium de base : la guitare (violao en portugais), la rabeca, le piano, le cavaquinho, la guitare portugaise (viola à 10 ou 12 cordes), la clarinette et despercussions (bongo, reco-reco…).

Le paragraphe précédent laisse entendre que Mornas do Cabo Verde n’époussette pas le risque d’une certaine monotonie. Pour en apprécier le répertoire, tirer le suc de chaque plage et noter le talent expressif particulier de chaque artiste,  une petite dose d’attention est requise. Subjectivement,  je retiendrai « Eclipse » de la belle et jeune Lura ainsi que « Mar Sagrado » d’Elide Almeida dont j’ai aimé la sobriété, la belle voix et la manière intelligente de « dire » le texte.  « Alma Morna » de Teofilo Chantre sonne comme un boléro. C’est sans doute Nancy Vieira qui dans « Brasil » se détache le plus des autres par sa modernité dans la manière de balancer les mots et l’intelligence de son approche vocale. « Oriundera » de Jenifer Solidade épouse une expressivité fadaise mais avec sobriété alors que « Querida » qui est un instrumental de Alma de Morna a le charme désuet d’un boléro un peu « balloche ». La dernière plage est attribuée à la voix juvénile et acide de Maria Alice («  D’Zemcontro »), ce qui rompt avec le climat général de l’album.


Autres articles

Comment