Juan Carmona, Perla De Oriente, Nomades Kultur, 2016

Juan Carmona serait-il une bête à concours? Ce gitan de 53 ans né à Lyon- ses parents avaient fui le franquisme- mais installé en Andalousie dès l’âge de dix ans, a obtenu de nombreuses distinctions : le premier prix des concours Antonio Don Chacon (en 1990) et Paco de Lucia de Madrid (en 1994), et il a été distingué par l’Académie Charles Cros pour son album Alchemya (label World Village) et par l’Unesco ( Prix Ziryad pour les liens tissés avec la monde musical arabe). Et comme il possède par ailleurs une licence de concert du CNSM de Paris, on serait en droit de se demander s’il ne serait pas un intello perdu dans le monde de la musique andalouse. Non, car il a «  le flamenco à fleur de peau ». Que Duquende et Agujetas, ces chanteurs andalous exceptionnels qui ne transigeaient pas avec la vérité de leur art, l’aient choisi comme accompagnateur plaide en sa faveur comme l’est aussi le fait d’avoir été partenaire au disque du pianiste Chano Dominguez.

Une longue tournée récente a emmené notre guitariste vers l’Asie (Corée du Sud, Taïwan, Chine), plus loin que l’Inde dont certains disent que c’est le berceau du flamenco. Il a profité de la complicité, de l’énergie et de l’enthousiasme nées des multiples concerts pour enregistrer en studio dans les conditions du «  live » Perla de Oriente. Chaque titre évoque le voyage, rappelle un souvenir de la tournée. Ainsi, La composition «  Perla de Oriente » est un clin d’œil à Shanghai, «  Mar de China «  est une alegria comme en miroir de la mer qui baigne Cadix et «  Casa de té » est une traduction musicale de la cérémonie du thé.

Inscrivant ses pas sur le chemin tracé par Paco de Lucia et Tomatito d’un flamenco pur habillé d’échappées expérimentales ( c’est souvent réussi même si les trames en suspension de la voix féminine dénotent un peu), Juan Carmona tisse sa musique autour d’un septet de base , constitué de Domingo Patricio (flûte, pad et claviers), de Bandolero ( percussions ), d’El Bachi ( basse), de Paco Carmona ( seconde guitare flamenca), d’El Piculabe ( « cante » dans la formulation traditionnelle du flamenco ), de Sergio Aranda (taconeos) auxquels viennent s’adjoindre sur quelques titres Noemi Humanes ( chœur) et Huanares ( palmas). Le bel équilibre entre modernité et tradition, s’il n’arrache pas les tripes, n’aseptise pas ce genre qui réclame toujours du piment.

On retiendra la longue plainte (7, 37 mn ) qu’est « Luz de Manana » , avec les mélismes envoutants de la splendide voix éraillée d’El Piculabe assise sur des «  palmas » bienvenues et « Bulerias Prohibidas » ( bulérias interdites) pour le lecture fervente et modernisée sans hypertrophie des bulérias toujours dansantes.  "Perla de Oriente" propose un autre trip  avec une équipe de musiciens renouvelée : Thomas Bramerie est à la contrebasse, Alex Ouemba à la batterie, Bandolero aux percussions et Levon Minassian au duduk ; pour une sublime dérive orientale aux saveurs arméniennes.


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