Arthur VerocaiArthur Verocai (Mr Bongo)

« On n’est jamais à l’abri du succès », cette blague éculée des producteurs du monde de la musique, doit sonner agréablement aux oreilles d’Arthur Verocai, lui qui voit son LP enregistré en 1972 encensé ces derniers mois par les chroniqueurs musicaux étatsuniens et français alors qu’il reste largement méconnu dans son Brésil natal. Comment expliquer cette résurgence et l’engouement des rappeurs et DJ américains (MF Doom ; Little Brother a samplé « Caboclo » dans son titre  « We Got Now », et, tout récemment, Jameszoo a fait appel à lui) pour cette musique indéniablement intéressante mais somme toute assez peu novatrice et personnelle pour qui baigne de longue date dans les divers courants de la musique brésilienne ? C’est sans doute qu’il y a là une alchimie sophistiquée qui sonne aux oreilles occidentales comme l’idéal de la fusion brésilienne avec ces riffs de cuivres associés aux arrangements de cordes à la Claus Ogerman, avec ses accents de jazz funky alliés à une bossa nova régénérée, avec ses mélodies pop ensoleillées.

Allons voir cela de plus près en passant d’abord par une courte notice biographique qui va nous confirmer que l’écriture d’Arthur Verocai va s’épanouir au moment de l’éclosion de la MPB, ce mouvement informel qui suit l’extinction de la bossa nova au Brésil vers 1965, et voit apparaitre des noms comme ceux de Jorge Ben, Chico Buarque, Caetano Veloso, Gilberto Gil, Milton Nascimento, Ivan Lins, Gonzaguinha, Joao Bosco… Pianiste, guitariste et arrangeur, Arthur Verocai, né en 1945 à Rio de Janeiro, comme tous les artistes dont les noms sont cités plus haut, a participé aux festivals de la fin des années 1960, a été un temps directeur musical à TV Globo puis s’est lancé, faute de reconnaissance publique, dans la production musicale pour films publicitaires. A son actif, outre le Lp ici chroniqué ( qui avait été relancé par Ubiquity Records en 2003), les albums Saudades Demais (2002),  Encore (2008) et des prestations récentes auprès de chanteuses comme Ana Carolina (« Nove »)

Mais revenons à notre album. La lecture du line–up fait saliver et espérer le meilleur puisque l’auteur s’entoure de requins de studio*. Arthur Verocai boit à diverses sources où le mélomane retrouvera les envolées miltoniennes et les influences musicales et poétiques de Minas Gerais (« Caboclo », « Seriado »), un soupçon du Edu Lobo de la fin des années 60, une pulsation et des riffs de cuivres à la Moacyr Santos (« Presente Grego »), un piano bossa nova à la Luiz Eça et des plages purement instrumentales aux couleurs jazz (« Karina, um Domingo No Grajau ») avec des longs et beaux solos de sax et trombones sur un tapis de batterie et percussions endiablés. Bien dans la lignée du chant caractéristique d’une certaine bossa nova carioca, les voix masculines et féminines, souvent à la lisière de la justesse, s’intègrent idéalement dans les arrangements. Il n’en reste pas moins qu’une déception pointe dans l’esprit de l’amateur de musique brésilienne. Inscrit dans le son MPB de l’époque sans apporter une identité transparente, l’album souffre de ne pas pouvoir s’appuyer sur la voix d’un Milton Nascimento ou sur le timbre sombre et velouté d’un Edu Lobo ni sur le charisme enjoué d’Ivan Lins. L’album Arthur Verocai, surtout dans les premières plages, s’écoute avec un plaisir non dissimulé mais il est préférable de se reporter aux albums Clube Da Esquina  de Milton Nascimento avec Lo Borges, Terra Dos Passaros, de Toninho Horta e Orquestra Fantasma ou même ceux de Beto Guedes, Lo Borges et d’Ivan Lins. 


*Paulinho Trompete** - Edson Maciel (trombone) - Nivaldo Ornelas (sax ténor) - Oberdan Magalhaes (sax ténor) - Pascoal Meireilles (drums) -  Paulo Moura** - Serginho (Trombone) - Helio Delmiro***  - Luiz Alves (basse) - Robertinho Silva (batterie et percussions) - Toninho Horta. Vitor Martins (parolier).

** Paulinho Trompete et Paulo Moura avaient enregistré avec Cannonball Adderley et Herbie Mann au début des 60’s. 

*** Fabuleux guitariste que Sarah Vaughan invitera à enregistrer tout un album avec elle dans les années 1980.


Member Login
Welcome, (First Name)!

Forgot? Show
Log In
Enter Member Area
My Profile Not a member? Sign up. Log Out