Perpetual Gateways se décline en «  Soul Gate » sur cinq plages et en « Jazz Gate » sur cinq autres titres comme si l’artiste brésilien Ed Motta s’offrait une friandise en s’entourant de pointures comme la pianiste Patrice Rushen (que la rubrique «  Taillé Dans La Wax » aime tant), Greg Philinganes, Hubert Laws, Marvin «  Smitty » Smith, Cecil McBee ou Tony Dumas et trois souffleurs de talent. Ce n’est pas qu’il soit né par inadvertance au Brésil Ed Motta, mais il est tombé tout petit dans le chaudron des musiques noires américaines en écoutant Stevie Wonder. Rien d’anormal à cela quand on est le neveu de Tim Maia (disparu en 1998 à l’âge de 56 ans), un fervent messager des musiques funk au pays du Parti des Travailleurs. Après un premier album intitulé  Um contrato Com Deus largement inspiré de Prince (Ed Motta y jouait de tous les instruments) et de Manual Pratico para bailes, festas e afins (manuel pratique pour les bals, les fêtes et autres choses similaires»), en 1992, il a fait paraitre, entre autres, Remixes & Aperitivos  ( Universal Brésil ; 1998l) un disque bien ficelé.

En France, la presse spécialisée se gargarise plus de sa passion de collectionneur d’albums vinyles dévalisant toutes les boutiques du monde entier lors de ses voyages (et c’est d’ailleurs en lisant une de ses interviews sur la revue d’une compagnie aérienne brésilienne que j’avais découvert les coordonnées de Tropicalia Discos, petite boutique sise en étage dans un immeuble du Mercado Das Flores de Rio) que de sa musique alors que, s’il y avait une justice immanente , il devrait tailler des croupières à Gregory Porter.

Cet artiste placide sans posture emphatique, à l’aise dans son double quintal, reconnu dans son pays bien que situé dans les marges du son national, nous offre un disque presque parfait à déguster sous lumière tamisée. Sa voix de velours, souple comme celle d’Al Jarreau à qui il fait souvent penser lors des cinq premières plages du disque, d’autant que l’arrangement contribue énormément à cette identification (dans Hypochondriac’s fun ; Heritage Déjà Vu en particulier) endosse les fringues du crooner black dans les plages classées aux couleurs «  Jazz Gate ». Dans I Remember Julie, où un solo de trompette magnifie l’arrangement, il semble puiser à la source référentielle d’un Jon Hendricks alors que sur la belle ballade Forgotten Nickname, sa voix dialogue avec la flûte d’ Hubert Laws.

Heritage Déjà Vu aurait pu être le titre retenu pour qualifier cet album, avec les aspects négatifs que cela recouvre de répétition mais aussi avec la dimension positive de reconnaissance du ventre à l’héritage reçu des voix noires des années soixante et soixante - dix. Ed Motta n’est pas et ne tient pas à être le chanteur idéal pour pénétrer les arcanes de la musique brésilienne et il est certain que son très bel album «  américain » n’aura aucune répercussions dans son pays natal si ce n’est auprès d’une frange de connaisseurs. Nous, on s’en fout, on aime, comme lui, les chemins «  soul » et «  jazz » des grandes voix des chanteurs noir- américains.

Philippe Lesage

Ed Motta, Perpetual Gateways, Must Have Jazz, 2016

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