Fond aubergine. Design rouge électrique façon feu d'artifice. La pochette du nouvel opus d'Ukandanz donne le la du débordement. Un la qui rime avec un groove explosif pétri dans un rock bien salvateur (si vous cherchez une quelconque carthasis pour l'été, Ukandanz est votre groupe), venant donner en ce début de printemps un bon coup de fouet aux âmes endormies par les derniers revirements de l'hiver. La recette d'Awo est trop étonnante : une maxi grosse dose de rock post-punk, des riffs violents quasi métalliques de guitare électrique, des coups de batterie aguerris et heurtés s'effaçant dans certains titres devant les escapades litaniques des percussions (« Gela gela »), une voix... Une voix. Avec Awo, l'oreille navigue entre des pistes linéaires et répétitives au groove vigoureux pour ne pas dire agressif (« Lantchi Biyé ») et des pistes où le rock prog' plus que péchu frise l'indécence délicieuse du free (« endé iyérusalem »), sans perdre ce tour quasi symphonique qui le rapproche du dernier travail tourbillonnant du Very big Experimental Toubifri Orchestra (waiting in the toaster) – à l'éthio-jazz près...

 

Du coup, vous vous en doutez, mon tout frôle en permanence la dissonance. Ne serait-ce parce que la voix hypnotique de Asnake Guebreyes (Mohammed Jimmy Mohammed trio, The Ex...) s'intronise en jouant des cordes contraires avec l'instrumentale. Et c'est une bien curieuse synergie qui se crée entre la transe vocale éthiopienne mystique et l'énergie rock de l'album, entre ce même rock et les marques du bon groove éthio-jazz des cuivres (« gela gela »). Amateurs de prog', d'envolées guitaristiques à la limite du métal lorsqu'elles deviennent criardes, d'accélérations rythmiques à la vitesse lumière, vous allez êtes vernis ! Addis Abeba, capitale culturelle d’Éthiopie, - d'où est originaire notre chanteur -, marquerait-elle une fois de plus son indépendance et son non-conformisme musical ? Dans la lignée des fameuses stars du « swinging Addis » des années 60's et 70's Mulatu Astatke, Tlahoun Gessesse ou Mahmoud Ahmed, Ukandanz pose sa voix, insufflant à la pop éthiopienne et à l'éthio-jazz une nouvelle vague d'électricité chargée.

Reste malheureusement que mon tout manque aussi d'originalité : sous la cadence rythmique ultra frappée qui pourrait séduire, Ukandaz sombre dans une certaine linéarité convenue qui empêche une fascination totale... Dommage. Le travail demeure intéressant mais manque cette petite étincelle qui fait l'album appréciable autrement qu'en concert (on imagine en revanche très bien le niveau de haute voltige des concerts de nos hommes). Conclusion : séduits vite fait. Pas autant qu'on le voudrait.

Agathe Boschel

Member Login
Welcome, (First Name)!

Forgot? Show
Log In
Enter Member Area
My Profile Not a member? Sign up. Log Out