En balante, « bala » signifie instrument, a donné balafon et à un « i » près, sonne comme un baila espagnol ! Eh, pour cause. L'humeur joyeuse que dispense cet album transpire de toute part : en premier lieu dans les titres des morceaux s'ancrant dans un pittoresque africain dépaysant (« Boogaloo », premier titre de l'album pour ne citer que lui) quand ils ne naviguent pas dans un humour... affriolant de grivoiserie (« open your leg ») ou décalé (« chewing gum ») ou franchement naïf (« joli joli »). Nul besoin de s'attarder autant sur des titres me direz-vous. Mais si, j'insiste car ils sont l'exact reflet de ce qu'est la musique de Balaphonics : une musique divertissante un peu folâtre, toujours décalée par rapport à son propos (offrir les fameux afrobeats avec la seule prétention de faire plaisir et ré-apprivoiser l'ouïe fine de l'auditeur aux rythmes pluriels africains depuis le highlife aux traditions mandingues), musique qui ose s'affirmer plusieurs fois dans l'ombre de Fela Kuti (les intros de « Open your legs » - gâchée par les voix qui s'y enracinent - et de « Lil' mountain » par exemple). D'où le plaisir des intros. D'où le hic. D'où notre suspicion craintive. Parce que bon, Fela c'est Fela et pour une fois - même si on s'est promis de ne pas le faire -, on aura du mal à ne pas céder au malheureux penchant de sacraliser une musique jugée maladroitement par nous inviolable. Bref.

Reste que la présence du balafon, sorte de xilophone né d'Afrique occidentale offre à l'album son caractère « coupé décalé » qui pourra agacer autant qu'il séduira. Affaire d'us musicaux. Les cuivres, quant à eux, font leur travail avec sérieux et joyeuseté. Trompette, trombone, saxos ténor et baryton, sousaphone, Balaphonics ne néglige rien pour concocter un groove artificieux mais excitant qui devrait exalter les oreilles accessibles. Ce qui, j'ose l'admettre, me fait beaucoup plus penser à du Marcel et son orchestre qu'à un Diabaté ou un Salif Keita (non, non, ne me molestez pas!).

Point de vue rythme (ou plutôt polyrythmie), Balaphonics ne manque pas de « phonics » (méthode en anglais). On sent le travail sur l'espace, sur l'alternance entre des phases plus planantes (sur le bon « mangrove » par exemple) ou des mouvements au groove décapant où les cuivres entrent dans un dialogue que l'on dira réussi et efficace. Globalement, un album plaisant dont « New cool » pourrait se faire le promoteur (avec les plages guitaristiques électriques séduisantes de Thomas Carpentier) qui n'échappe malheureusement guère à un tour répétitif qui nous fait tourner en rond. Reste le plaisir presque insulaire à l'écoute du balafon (le très frais et très naïf « Ifang Bondi »), la joie contagieuse de ce groove endiablé et percussif qui tourne tous ses regards vers des traditions africaines infiniment riches dont il s'attache à réitérer les « bailefons »1 dans la joie et la bonne humeur. « Pincez tous vos koras, frappez les balafons. » comme le dit si bien l'hymne national sénégalais ! Ça veut tout dire.

Agathe Boschel

Balafon : Fabien Girard / Romain Perda
Guitare : Thomas Carpentier
Batterie : Florent Berteau
Percussions : Julien Cordin
Sousaphone : Mathieu Choinet
Saxophone Baryton : Guillaume Grosso
Saxophone Ténor : Michael Havard
Trombone : Nicolas Bongrand
Trompette : Aristide Gonçalves

 

1Néologisme inventé pour me faire lyncher.