Immanquable!

Didier Labbé QuartetO Grito do Passarinho (Klarthe records)

Comme une navigation au grand large : en 2015, Didier Labbé s’était penché sur l’œuvre du pianiste sud- Africain Abdullah Ibrahim (Dollar Brand), cette année il se confronte au grain de folie, à la dimension festive, déjantée, ludique et spontanée qui caractérisent les ritournelles, boucles mélodiques, volutes insolites et contrepieds rythmiques du musicien brésilien Hermeto Pascoal.  Il le fait en une démarche interprétative personnelle des plus sympathiques qui s’inspire plus du modèle qu’il ne le plagie. Et comme le modèle est unique, le choix esthétique arrêté est celui qu’il fallait retenir.

Le Quartet de Didier Labbé porte donc, avec O Grito do passarinho (le cri du petit oiseau ou du passereau) un hommage au lutin albinos, né il y a 80 ans, dans le petit bled d’Arapiraca, (nom amérindien si joli que je le cite volontiers) de  l’état d’Alagoas, dans le nordeste du pays. L’instrumentarium choisi colle bien au modèle : saxophones, appeauxet  flûtes diverses, accordéon,  tuba, batterie et, c’était impératif, percussions diverses. Le quartet est composé du très bon accordéoniste Gregory Dalton, (au son plus franchouillard que brésilien néanmoins), du tubiste Laurent Guitton (ici, le tuba a un rôle essentiel et il ne manque pas de prendre de beaux solos de temps à autre comme dans « Quiproquo » et surtout « Why Not ») et du batteur/percussionniste Alain Laspeyres, Didier Labbé se réservant sax, flûtes et appeaux. « Bebe », « Aline Frevando » (Aline dansant le frevo) et « Musica das Nuvens e do chao » (musique des nuages et de la terre) sont de la plume de Hermeto et sont volontairement placées en fin de disque ; les autres compositions sont signées  par les membres du quartet. « De brique et de broc » est  une jolie valse qui vire rapidement, bien dans la manière de Hermeto, vers les musiques de  cirque et « Why Not » est une mélodie rêveuse qui ensorcelle ; « Quiproquo » et  « One Shot » sont également fort réussis.

C’est un choix explicite de Didier Labbé et de son quartet : s’inscrire dans  l‘esprit plus que dans la lettre, quitte à passer à côté de quelque chose. Tous les ingrédients sont là : les accents nordestins des appeaux,  les mélodies en boucle, les assauts rythmiques propulsées par l’accordéon, le tuba et les percussions mais c’est plus « téléphoné », plus attendu, même dans les compositions propres de Hermeto comme «  Bebe »  « Musica das Nuvens e do chao ». C’est une diction plus liée au jazz, voire plus jazz-rock (les frappes sèches de la batterie), plus cartésienne dans les développements, moins ludique et imprévisible, moins spontanée et sans malice. Il manque ce grain de folie qui caractérise le flux vital, l’exploitation des atmosphères et des instantanés que l’on chope dans sa main comme une mouche qui passe.


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