Immanquable!

Gaye Su AkyolHologram Imparatorlugu (Glitterbeat)

Depuis Istanbul nous parvient la voix grave et suave de Gaye, à cheval sur le détroit du Bosphore, entre les continents européen et asiatique. Mêlant mélodies traditionnelles anatoliennes et références blues, dans des orchestrations qui empruntent autant au folklore turc qu’au rock, c’est entre l’empire de l’est et celui de l’ouest, voire du far-ouest, que la chanteuse fait le grand écart, avec une souplesse déconcertante !

Dès les premières notes de cet opus, la tornade des violons « d’Istanbul strings » nous transporte dans un univers oriental au rythme pop d’une section basse/batterie implacable. Une Fender Jaguar sortie de l’Amérique des années 60 distille une ambiance rock’n roll, de grincements de cordes en riffs lourds et épais, que vient ornementer un orgue de ses phrasés psychédéliques.

Entre l’atmosphère sombre du combo basse/batterie/guitare et l’ensemble de cordes traditionnel, s’immiscent les sonorités vives et colorées d’un oud, d’une trompette, des davuls et autres percussions turques. L’équilibre, pour ne pas dire l’osmose, de l’ensemble est remarquable de naturel, chaque instrument trouvant sa place et communiquant avec les autres dans une langue imaginaire et commune ! Le jeu de la basse notamment, qui ponctue subtilement, de façon presque impressionniste, les motifs orientaux puis emporte le groupe vers des territoires plus rock par des phrasés lancinants, y est pour beaucoup.

Mais c’est la force d’expressivité du chant qui donne sa vraie luminosité à cet album.  Dans l’écrin de soie filée par le groupe, Gaye su Akyol développe des thèmes hypnotiques avec une grâce envoutante, de sa voix entre velours et satin, riche de la langueur et des variations des gammes chatoyantes de l’asie mineure. Le rythme d’une diction nonchalante, d’une syllabe projetée, ou d’une consonne accentuée, nous emmène plus loin encore dans ce voyage en terre inconnue, dans un pays dénué de points cardinaux, inventé par la chanteuse dans un vent de folie douce.

Ce deuxième album du groupe, sorti dans un contexte politique de conservatisme, nous rassure quant à la capacité de la scène stambouliote de continuer à brasser les influences des deux continents et à réinventer sa culture musicale !

Gaye Su Akyol: chant - Ali Güçlü Şimşek: guitare - Görkem Karabudak: basse et claviers - Alican Tezer: batterie et davul - Emrah Atay: davul (Hologram, Eski Tüfek) - İsmail Darıcı percussion - Ahmet Ayzit: violin - Selim Boyacı: oud - Hikmet Altunbaşlıer: trompette - İstanbul Strings: ensemble de cordes.


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