BongaRecados de Fora (Lusafrica)

Dans l’impasse qui donne sur la rue des Ecoles, dans le cinquième arrondissement, se tenait, dans les années 1970, Le Discophage, une petite salle, un peu club , un peu restaurant, dédiée aux musiques brésiliennes. C’est sur la petite scène que le jeune chanteur encore méconnu Bernard Lavilliers dévoile ses premières chansons aux saveurs latines, que Claude Nougaro découvre Les Etoiles (Rolando et Luiz Antonio). A la même période, L’angolais Bonga, exilé politique du temps des sales guerres coloniales du Portugal de Salazar sur ses colonies africaines, se produisait souvent en première partie en duo avec un musicien brésilien au talent assez médiocre.

Outre une belle présence scénique, ce qui fascinait et arrachait les tripes, lors des passages de Bonga, c’était sa voix éraillée, brisée, couleur de bronze, son chant profond, ses mélopées nostalgiques. On se prenait à regretter des « sets » souvent indigents lorsqu’il s’éloignait des chants de sa terre natale pour sombrer en duo dans les facilités du cabaret. Il n’y avait là rien qui ne laissât présager une carrière, qui se révèlera réussie, au Portugal où il retournera s’installer après la Révolution des Œillets. Il est vrai que la trentaine d’albums enregistrée à ce jour n’est pas toujours d’une qualité sans reproche mais qu’il a réussi à ne jamais perdre totalement son âme.

Recados de Fora (messages de l’extérieur) est globalement un album assez réussi, chanté pour partie dans une langue tribale d’Angola, pour partie en portugais, sur des thématiques à dimension sociale et sur un fond musical de semba, de kizumba, de rebita angolais et de mornas cap-verdiennes. Le chant dolent bercé par les effluves de l’Afrique lusitanienne et la nostalgie du fado portugais enchante toujours autant.  Subjectivement, mes préférences vont plus aux chansons où les percussions sont plus présentes (les instruments rares que sont dikanza, puita, hungo, bate) qu’à celles plus dansantes et enlevées avec flûtes, cuivres, accordéon, piano, cavaquinho, violon, guitares. L’approche très africaine des chœurs féminins est superbe.

Une chanson est dédiée à Rémy Kolpa Kopoul, le journaliste passé par Libé, Actuel et Radio Nova, celui qui avait une voix étranglée insupportable à l’antenne et une personnalité complexe quoique fort attachante et à qui l'on doit énormément quant à la diffusion des musiques brésiliennes, notamment, en France. Merci à Bonga de se souvenir l’homme aux bretelles qui nous a quitté il y a moins d’un an. On imagine que Lusafrica aimerait bien que Bonga atteigne les mêmes sommets de ventes que la cap-verdienne Cesaria Evora mais l’histoire ne repasse pas toujours les plats. 


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