Romulo Froes et Cesar Lacerda, O meu nome é qualquer um (YB Music, 2016)

Plus confidentiel que les incontournables Metá Metá, Romulo Froes est pourtant omniprésent et essentiel dans cette nouvelle scène fusion de São Paulo qui fait tant parler d’elle. Membre de l’électrique Passo Torto, aux côtés de Kiko Dinucci, Rodrigo Campos et Marcelo Cabral, c’est lui qui a assumé, avec Celso Cim, la direction artistique du fracassant A mulher do fim do mundo d’Elza Soares (2015). Il écrit et compose par ailleurs pour la fine fleur des interprètes contemporains, Juçara Marçal, Nina Becker, Mariana Aydar, Jussara Silveira, Vicente Barreto, Bruno Morais, entre autres. 

Confidentiel, il l’est longtemps resté, car, formé aux arts plastiques, il a travaillé seize ans dans l’ombre, comme assistant des plasticiens Clima et Nuno Ramos. Si ses débuts de sambiste ont été discrets, son premier EP sorti en 2001 puis le troublant Calado (Bizarre Music, 2004) s’inspirent des immenses Noël Rosa, Batatinha, Nelson Cavaquinho, et imposent déjà une identité farouchement défendue que soutiennent des compositions élaborées ainsi qu’une voix grave à l’émotion contenue. Son « Bruit laid », Barulho Feio surgit en 2014, comme un chant heurté qui happe et restitue toute la nervosité de la métropole paulistaine, où sa voix grave se fraye un chemin risqué entre les solos fiévreux du saxophoniste Thiago França, les grincements de la guitare de Guilherme Held. La musique de Romulo Froes s’impose alors comme imprévisible, émancipée et extrêmement consciente d’elle-même, engageant sans relâche un renouvellement des formes. Et Romulo Froes lui-même se propose comme le penseur de cette génération paulistaine enragée et si talentueuse.  

Mais avec son dernier disque, O meu nome é qualquer um, qui n’est rien de moins que le troisième album qu’il publie cette année chez YB Music, Romulo Froes bifurque. Avec le jeune compositeur Cesar Lacerda, originaire du Minas Gerais, qui a déjà signé deux albums aux influences folk, ils composent treize chansons joueuses et solaires, que la guitare du grand Rodrigo Campos porte et accompagne avec virtuosité. La formation minimaliste parie sur la complicité inattendue et réussie qui se noue entre leurs deux voix (« Flecha Empenada », « Transa qualquer um », ou encore « Todo mundo em mim », en témoignent), et sur des mélodies parfaitement ciselées et irrésistibles (« Tique taque », « Manda brasa »). 

Et c’est bien là que réside la surprise de ce disque. Après la tornade Barulho Feio, et son étincelant désordre, le chaos de la ville est congédié au profit d’une réflexion plus intime, sur l’expérience de la masculinité (« O homem que sumiu »), sur la vie sensuelle, sur nos conflits intérieurs. Portée par les arrangements de Cesar Lacerda, la voix de Romulo Froes se promène, espiègle comme jamais, et s’offre une échappée heureuse. 

Romulo Froes – chant, guitare ; Cesar Lacerda– chant, guitare, piano ; Rodrigo Campos – guitare


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