Elza SoaresThe woman at the end of the world, (Mais Um Discos)

Il y a dans la musique brésilienne comme une saveur aigre-douce, un mélange de langueur tropicale et de blues résigné tout à la fois, comme une invitation à la fête dans un cri de désespoir, une rage de vivre étouffée par le rythme syncopé de la samba !

Cet art paradoxal de chanter l’amour en puisant son inspiration dans l’âpreté de la vie, Elza Soares en est l’incarnation.

Née dans la favela de Rio de Janeiro, vivant dans le dénuement le plus complet, avant de devenir la protégée de Louis Armstrong dans les années 50, elle traverse et enchaîne au cours de sa vie drames personnels et échecs artistiques à répétition, sans cesser de pratiquer son art. A près de 80 ans, nommée « chanteuse du millénaire » par la BBC à Londres en 2000 et invitée à interpréter a cappella l’hymne national au stade du Maracanã en 2007, elle pourrait légitimement prétendre représenter à elle seule la tradition musicale brésilienne pour la postérité.

Sur le même sol, dans un pays confronté à une crise économique et politique sans précédent, le son du renouveau s’élève du cœur de béton de Sao Paolo et de sa foisonnante scène fusion, une rumeur qui est nourrie de rock, de jazz, de funk, de hip hop et de punk, par des musiciens qui se revendiquent d’une culture résolument urbaine. L’audace de notre « woman at the end of the world » sera de s’approprier, pour son 34ème album studio, le vocabulaire et l’énergie de cette nouvelle scène comme un écrin pour sa voix unique, comme la musique amérindienne s’est approprié en son temps les rythmes africains puis la samba les harmonies du jazz.

Les morceaux composés pour la chanteuse par le groupe (dont certains membres ont accompagné Ceù ou sont issus du bouillonnant Méta Méta) mêlent samba, guitares saturées et polyrythmies afro, cuica et ensemble de cordes, dans un carnaval de sonorités et de textures parfaitement orchestré. Le chant cru et nu d’Elza Soares ouvre l’album, touchant de simplicité, de sincérité dans son interprétation et sa légèreté, malgré ses diphtongues épaisses et ses consonnes gutturales.S’en suit une samba électro au refrain accrocheur et à l’ambiance dirty, qui nous entraîne dans une suite de thèmes aussi inquiétants que réjouissants, au rythme du groove naturel et bluesy de la voix de la chanteuse.

De mélopées enfantines en râles, en cris et en gargouillis sans fin, Elza évoque, au fil des pistes, la vie, la mort, les violences domestiques, la drogue, les inégalités, les injustices, l’amour et le sexe, puisant dans son vécu une force d’interprétation d’une vivacité surprenante de la part d’une presqu’octogénaire ! L’afro-beat, les guitares punk et la basse electro semblent avoir toujours fait partie du paysage de cette samba queen des années 50, qui n’en semble que plus intemporelle dans cet album…

« Woman at the end of the world, I am, I go on, singing, till the end »

Kiko Dinucci – Guitare ; Rodriguo Campos – Guitare ; Marcelo Cabral – Basse ; Felipe Roseno – Percussions ; Guilherme Kastrup – Batterie ; Cuca Ferreira – Saxophone baryton ; Daniel Nogueira – Saxophone tenor ; Douglas Antunes – Trompette ; Dani Rocha – Violoncelle ; DJ Marco – scratch ; Thomas Rhorer – MPC.


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