MelingoAnda (World Village)

Vous posez Anda sur la platine et vous vous préparez à écouter distraitement parce que les variations autour du tango, ce n’est quand même pas votre tasse de thé préférée et puis, insensiblement, votre intérêt s’éveille : ça ressemble étrangement à du Tom Waits sans être une pâle copie conforme. Alors, vous plongez délicieusement dans les climats étranges, sulfureux, nocturnes d’un «  Intoxicated man »,  pour reprendre le titre d’une chanson  du disque qui est l’adaptation argentine singulière d’un écrit du jeune Gainsbourg.

 Faire référence à Tom Waits est à la fois juste et réducteur. La similarité tient au côté baroque, au flottement du temps, à l’élasticité plastique et sonore mais le monde propre de Melingo palpite d’une manière si singulière qu’il ne vous lâche plus.

Grand fumeur, adepte de la bohème des nuits de Buenos Aires et de celles de la Movida madrilène, Daniel Melingo n’est plus très jeune, sa voix chevrote, son jeu de clarinette est basique mais il a le don pour s’entourer de musiciens talentueux qui savent l’accompagner dans sa peinture d’un monde onirique où les couleurs nocturnes du tango de toujours épousent les méandres sonores d’aujourd’hui aux marges du rock, du jazz, du cabaret théâtralisé.

Anda, le titre de l’album se traduit normalement par «  Marche » mais, dans le cas présent, c’est plutôt la version populaire du «  Sauve ta peau » qu’il faut retenir. Savoir  que Daniel Melingo a joué, dans les années 1980, dans le groupe de rock «  Los Abuelos de Nada »  - les grands-pères du néant – n’est nullement un étonnement tant il s’abreuve à la pensée dadaïste et post-punk en poète de l’étrangeté, du flottement et du temps dérobé.

L’album commence sur un enregistrement ancien au son vieillot : c’est un entretien avec le compositeur communiste Osvaldo Pugliese, qui dirigeait un «  orquesta de tango » de la grande époque et qui fut l’auteur de l’inoubliable tube «  La Yumba ». Puis nait un tango surréaliste où s’entrelacent les crissements du violon et les accents déchirants du bandonéon. La seconde plage est empruntée à Edmundo Rivero ; celui qui fut un immense chanteur rendait hommage à Megata, un journaliste japonais fou de tango. Là encore, ambiance post- moderniste, ancrée dans le présent mais oppressante comme le fut souvent le tango. Impression corrigée par la gaité de «  Sol Tropical » d’Alfredo Le Pera – qui fut le parolier de Carlos Gardel - et de Terig Tucci . «  Volando Entre Las Nubes », de la plume de Melingo, embrasse les sons saturés d’une guitare électrique pour un climat étrange à la «  Paris – Texas ». On dirait que le thème « Intoxicated Man » du jeune Gainsbourg  a été revu et corrigé par les émules de John Zorn comme l’est également la «  Gnossienne » de Satie. «  Intoxicated Man » est une des perles de cet album avec «  Se Viene El Dos Mil » et «  A Lo Megata ».

Daniel Melingo sera aux Bouffes du Nord le 9 novembre prochain, un théâtre aux murs apparents qui semble taillé sur mesure pour l’universdécalé et la musique  poignante de cet artiste argentin singulier.


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