Jupiter Okwess, Troposphère 13 (Zamora Label, 2016)

On ne peut pas s’empêcher de faire un parallèle avec Keziah Jones quand on retrace le parcours de Jupiter Bokondji. Comme lui, il vient d’une famille africaine aisée et s’est frotté aux influences musicales européennes. Comme lui, il a créé un mouvement musical métissé, le Bofenia Rock, subversif au même titre que le blufunk. Comme lui, il revêt les habits d’un super héros pour magnifier le symbole qu’il représente. Le « général rebelle » se veut le chantre de la jeunesse congolaise opprimée, tout comme le « captain rugged » lutte en faveur du peuple nigérian. 

 

Et pourtant, la musique des deux artistes, puisant dans une conception de l’écriture opposée, diffère. C’est que contrairement au nigérian, Jupiter à la passion du collectif. On aurait pu penser que l’individualisme aurait eu raison du congolais, fils de diplomate, après s’être frotté au mode de vie occidental. Que nenni ! De retour à Kinshasa ou il s’est établi, Jupiter revigore les traditions du tribalisme africain avec son Okwess orchestra. Pas le tribalisme exacerbé d’un Huntington, mais plutôt celui d’un Levi-Strauss, vecteur de lien social et de richesse culturelle. Totémisme et mysticisme vont de pair avec les mœurs musicales, et Jupiter de rappeler que pas moins de 450 ethnies peuplent son pays – la RDC. Son ambition ? Représenter l’ensemble des ethnies congolaises dans sa musique. Avec 10 à 15 rythmes par ethnies, on vous laisse faire le calcul. On avait déjà vu l’importance du rythme dans la musique afro, par exemple lorsque Tony Allen partage sa sagesse d’ancien avec la jeunesse vigoureuse

 

Sans surprise donc, on a affaire à un opus très rythmé, avec peu d’innovations harmoniques. La force de cette musique n’est pas tellement mélodique, mais plutôt spirituelle. N’oublions pas qu’il s’agit traditionnellement d’entrer en transe et de communiquer avec les esprits. Finalement, c’est un peu comme la musique sérielle ou la composition minimaliste. On n’est pas ici au degré d’abstraction atteint par Konono n°1, influences musicales européennes obligent. James Brown, Abba, ou encore les Jackson Five, ce sont tous autant de groupes que Jupiter a découvert pendant ses tribulations de jeunesse. Ça s’entend particulièrement sur « Nzele Mumi » avec le gimmick funky de la guitare. Mais l’essence reste la même : faire se déhancher les foules. D’où le « savez-vous danser ? » scandé sur le même titre. Si le premier morceau « Pondjo Pondjo » s’apparente plutôt à une oraison funèbre, le reste de l’opus passerait très bien dans un club branché de Château Rouge. 

Bien entendu, dénonciations sociales et revendications politiques sont en toile de fond sur cet album.  Son titre, l’opus le doit au programme aérospatial avorté du gouvernement congolais. Un pied de nez de la part de l’artiste qui n’en est pas à son premier coup d’éclat. Son groupe en Allemagne, il l’avait appelé « Die Neger ». On se passera de traduction. Après 2004 et son premier succès international avec Hotel Univers, le général n’a pas pris la grosse tête et parraine de nombreux projets musicaux à Kinshasa. L’ancrage social est déterminant pour lui, peut-être est-ce un moyen de rester souder, à l’image du clou « qui fait tenir des choses ensemble », thème abordé dans « Musonsu ». Comme le dit le proverbe africain, lorsque tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens. 


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