Yafake, c’est le titre du dernier album du chanteur burkinabé Victor Démé. Ce disque est le troisième du chanteur qui s’est malheureusement éteint en septembre 2015. Ayant embrassé sa carrière artistique sur le tard, il a vécu pendant longtemps de son métier de tailleur dans la petite ville de Bobo Dioulasso. Celui dont la vocation avait été contrariée par son père a finalement préféré la voie de sa mère et sa grand-mère, toutes deux griottes. Fort de cet héritage, Victor Démé a tout naturellement choisi la musique mandingue qui marque ce disque de son empreinte.

Yafake, le titre de l’album et de l’un des morceaux, signifie « Pardonner ». Ce dernier porte donc un message de paix dans un Burkina Faso agité par les troubles politiques et plus récemment victime d’attaques terroristes. Le chanteur, qui a écrit et composé tous les titres, a aussi tenu à y exprimer des valeurs qui lui étaient chères : la famille, la solidarité et le respect, notamment de l’environnement. Ces valeurs, il les incarnait par son mode de vie modeste. Il préférait rester auprès des siens dans sa maison à Bobo Dioulasso pour composer et il se tenait loin des fastes générés par son succès.

Chantées en langue dioula, les onze chansons de Yafake sont soulignées par de belles sonorités de cordes où la guitare se joint à la kora, brillamment jouée par les frères Diarra. Assurant aussi une partie des chœurs, ils s’illustrent par leur contribution tout au long de l’album. Tandis que les morceaux blues « Yafake » et « Makelekote » - illuminé par un magnifique solo de kora - évoquent une certaine mélancolie, et on a bien envie de danser sur « Kondabasie ». Tout aussi remuant, « Yiri Lili » penche vers l’afrobeat avec sa ligne de basse funky. On est aussi enchanté par le son du balafon et des percussions comme sur « Domalon » ou « Ani Sakura » qui clôt l’album avec des vœux pour la nouvelle année. Victor Démé ne l’aura pas vu cette année mais son message demeure.

Fara Rakotoarisoa

Victor Démé, Yafaké, World Village/Harmonia Mundi, 2015

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