Salam, shalom, salut, dirait Seth Gueko ; autre méditerranéen dans l'âme. Car Azzango prend les grandes eaux de la Méditerranée pour terrain de jeu dans ce premier album, en même temps que les grandes eaux de ce concept fourre-tout qu'est la fusion. Troubles, dangereuses, agitées, risquées... Surtout sur le pourtour méditerranéen, agitant depuis des millénaires une tradition insondable à chaque village, chaque crique calcinée de calcaire des bords de Crête, calanque anisée près Marseille, tour génoises en ruine de Corse, grise Dalmatie, vert Liban, et j'en passe.

Or, or or or, Azzango ne pioche guère là-dedans : pas de chansons occitanes, pas de rebetiko ni dakbe levantin, aksak du folklore turc, chaabi, et j'en passe. Qui attend de projets « métissés » un vrai travail sur ces traditions peut donc passer son chemin, les autres peuvent rester. Et ne pas tenir compte de mon agacement – pas propre à ces musiciens en particulier et très abstrait – à entendre des musiques revendiquer des rencontres dont je ne comprends guère les fondations... Mais étant journaliste, c'est-à-dire doté d'un QI musical inférieur à 78, qu'on ne m'en tienne pas rigueur.

Ces considérations n'ont surtout aucune espèce d'intérêt pour comprendre, apprécier et décrire ce que fait le quartet Azzango, jeune équipe franco-espagnole de musiciens indubitablement épris et passionnés, comme nous tous, de musique, grâce à qui paraît-il les passions vivent d'elles-mêmes. Dimitri Saussard accordéonise avec talent (« Les caprices d'Apophis »), Romain Barret sonne la guitare avec une sensibilité aussi bien acoustique (« Pleure si tu en as envie ») que quasi jungle, gros groove de Josep Manresa Zafra à la basse, batterie métronomique de Sébastien Necca. Aussi compositeurs, les quatre membres du quartet profitent de cette variété de registres pour proposer une musique qui fait la part belle à des mélodies, parfois très simples, toujours revêtus de charmes certains - notamment ce « Musée des automates » très villa-lobosien, et plus largement un amour sincère pour le pourtant peu méditerranéen tango.


La recherche de métissage – ouh que je n'aime pas ce mot ! - repose essentiellement dans les arrangements, qui laissent plus souvent sceptiques notamment dans certains choix ponctuels malheureux d'instrumentation, particulièrement importante lorsque le timbre de l'accordéon participe à la fête. Méditerranée en devient alors très inégal, confrontant dans cette esthétique qu'à défaut d'autre chose on qualifiera de world le très bon au plus indéchiffrable. Un sentiment inégal largement compensé par la bonne entente du band, qui sait fédérer par une générosité sans faille l'humeur humaniste qui pénètre cette musique, qu'on déconseille fortement et encore une fois aux irrités de la « fusion ». Alerte tautologie : les autres, amateurs du genre, trouveront de quoi se satisfaire avec ce premier album plein de promesses.

Pierre Tenne

Azzango, Méditerranée, Nuevo Medios/Azzango, 2015

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