Sortie le 25 septembre et orchestrée par le site Digger's digest, cette compilation recense la scène jazz antillaise des années 1970 et 1980.

Vieux, le dialogue entre le jazz et les Antilles n’en reste pas moins secret. Les douze ensembles présents ici ne sont connus que des locaux ou des collectionneurs de vinyles. En ce sens, Kouté Jazz vous mâche le travail en vous épargnant les recherches.

Qu'on ne se méprenne pas, le jazz antillais n'est pas un syncrétisme mais l'incorporation de sonorités et formations jazz aux rythmes, chants et danses traditionnels de la Guadeloupe et de la Martinique : biguine, gwo ka, tumbélé, bel-air … Il faut oublier un temps le jazz caribéen importé en France durant l'entre-deux-guerres, ou la tradition bop des formations d'Al Librat durant les années 1950, alors que déjà les Antilles cessaient d'être ce "chainon manquant entre la France et les Etats-Unis" que décrivait le poète Roland Brival en 2002. Encore plus ici, la scène antillaise se fait l'écho, et non plus le chainon, du smooth jazz édulcoré à la fusion émergente.

La compilation est surprenante d'homogénéité ; fidèle à son sujet, car reflet d’un fait. Sinon, c'est l’effet d’un parti pris, celui de la cohérence. Parce qu'elles sont nombreuses, les similitudes font ressortir les différences. On se surprend ainsi à croiser des excursions free à l’instar de Soprann aux Antilles de Camille Soprann Hildevert. Fidèles à l’esprit des musiques traditionnelles, les thèmes oscillent entre balades, danses, chants d’amour et célébrations.
Entêtants et lancinants, les thèmes sont souvent plus intéressants que les chorus, remplis de notes plus que de phrases. Mais le plus évocateur et le plus provocateur sont les rythmes. Pas de swing mais un groove chaloupé ou des cadences syncopés et répétitives à l'instar des tambours et sifflets carnavalesques du Mama Says de Max Labor. Quant aux chants créoles, ils se font ornement de l’instrumental.

Ce n'est pas la compilation qu'il faut juger à l'aune de la scène jazz antillaise mais bien l'inverse. C'est le pari gagné ici : permettre d'apprécier cet import-export entre le jazz et les Antilles. En 2004, le musicologue Frédéric Nigret s’interrogeait : « L’apport du jazz n’a-t-il pas affaibli la notoriété de la biguine ? »1. Kouté Jazz permet à chacun d’y répondre.

Surtout, c’est une porte d’entrée aux musiques traditionnelles antillaises, comme celles-ci l’ont été pour le jazz en leurs temps et sur leurs îles.

Thomas Perroteau

Kouté Jazz, compilé et édité par le site Digger’s diggest (digital, CD, LP), sorti le 25 septembre 2015

1 Frédéric Nigret, Musique et immigration dans la société antillaise, l’Harmattan, 2004

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