Louis Sclavis & Bernard Lubat - Impuls

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Louis Sclavis & Bernard Lubat, Impuls (Cristal Records)


Louis Sclavis (saxophone et clarinette) et Bernard Lubat (piano, batterie, percussions diverses, voix), les chenapans des musiques improvisées instantanées, sont compagnons de route depuis plus de trente ans. Ils se sont retrouvés pendant trois jours en studio avant de se produire en public, pour une longue improvisation de plus de 27 minutes captée à L’Estaminet, dans le cadre d’Uzeste Hivernal. Ils nous livrent des clés dans leurs textes de pochette et en préambule de « Net D’Impro », la captation live. Et Lubat de commenter : «  Ce sont des compositions instantanées ; improviser, c’est comme la liberté, ça s’apprend, c’est tout sauf inné ».

Assertion sur laquelle Sclavis renchérit : « On a improvisé un dialogue, en confiance, sans psychologie ni nostalgie ; un dialogue qui décrit notre relation, notre musique, nos idées, juste à cet instant. Demain, nous jouerons une autre musique ». Ce qui ne manque pas de laisser sceptique, parce que l’on sait dès les premiers instants que ce sont eux, avec leur style, leur technique, leurs doigtés et leurs manies au risque d’être répétitif, dans l’instant et à l’avenir. Alors, comment mettre en branle les  « forces imaginantes de l’esprit » pour citer le philosophe Gaston Bachelard dont se réclame Lubat ? N’y aurait-il pas un cadre préalable, même implicite, dans lequel va s’ébrouer l’inspiration et pas seulement un lâcher-prise paradoxal d’écriture automatique ?


On pourrait se laisser à dire qu’il s’agit d’un duo à trois ; duo qui invite l’auditeur, troisième pointe du triangle, à jouer aussi le jeu de l’immersion dans le flux musical sans se raccrocher à une mélodie qui serait une béquille. Comment maintenir l’attention de cet auditeur ? Par des variations de timbres, de climats, de pulsation rythmique, de l’humour ? Il n’en manque pas d’humour le drolatique et rafraichissant  rap gascon à la André Minvielle de « Voix Sans Soif », où les onomatopées dialoguent avec le piano ; le swing, il est dans  « Essaie si tu l’oses », au tempo vif sur des alliages sonores  différents, où les deux arpentent un fil qui n’est pas sans rappeler le funambulisme du brésilien Hermeto Pascoal, qui fut sans surprise l’invité d’Uzeste Musical dans les années 80.


Ce poil à gratter musical, ces jeux oulipien de l’esprit, ces anches sifflantes et borborygmes incongrus emportent l’adhésion ; mais, à la fin, nous prend l’envie irrépressible d’écouter un petit disque de Count Basie !

Chroniques - par Philippe Lesage - 1 mars 2018


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