Starchild and The New Romantic - Language

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Starchild and The New Romantic, Language (XX, 2018)

Si vous avez entendu parler de Bryndon Cook, c'était certainement lié à sa tournée avec Solange comme guitariste.  Le jeune musicien avait pourtant sorti deux projets auparavant, en 2012 et 2016. Avec Language, un album empreint de sentimentalisme, le nouvellement autoproclamé Starchild compte bien attirer les feux des projecteurs.

Très RnB au sens lyrique du terme, cet album transpire le romantisme. Le pathos et la lascivité sont les thèmes forts abordés par le jeune musicien qui invite, par sa musique et son environnement, à embrasser la fragilité et l'inconstance de l'homme. En rupture avec l'ultra-masculinisation de la Black Music, Starchild évoque son manque d'assurance et d'affection avec une légèreté paradoxale: "Love is such a labour, at least when it's lost" ("Good Stuff") et "All that I am wishing for is to give all my love, and get love in return" ("Boy's Choir").

Son nom de scène, il l'a choisi en hommage à la mythologie P-Funk de George Clinton. Justement, on retrouve le côté spatial dans l'ensemble des sonorités électro de son album. En cela il participe à un courant bien ancré, une coloration que la musique a prise au tournant des années 2010. On a pu le voir dans le rock avec Bloc Party et The Klaxons ; Janelle Monae, NAO et Kelela ont pour leur part adopté une approche similaire dans le RnB. Plus récemment, quelques groupes se sont entièrement concentrés sur cette nouvelle mouvance électro-funk, je pense par exemple à Parcels ou L'Impératrice.  

Starchild se revendique de tous les genres. « Language », le titre éponyme, présente les gimmicks très électro-funk de la guitare, et « Mood » sonnerait presque comme du U2 s'il n'y avait pas les nappes électriques en fond sonore. Sur « Black Diamond », c'est la funk/fusion des Incognito ou Brand New Heavies qui nous vient à l'esprit, et « Hands Off » offre un swing électrique, sans être électro-swing. Avec « Can I Come Over » et « Doubts », il renoue avec le RnB plus classique, comme pour nous donner une boussole dans cet ouragan musical.

Mais avide de se libérer des catégorisations, Starchild puise également dans la l'imaginaire rétro. « Boy's Choir » et « Lost Boys » sont à n'en point douter inspirés des grands tubes de Michael Jackson et le clip pour « Mood » met en scène un Starchild en parfaite imitation de Prince. Comme perdu dans un état de transe atemporelle (le clip pour  « Ophelia's Room » a d'ailleurs été réalisé par Toro y Moi), la musique électro côtoie une imagerie des années 80/90s qui trouve écho dans les paroles: "Could you spare a dime for the telephone" ("Lost Boys").

L'album présente un contenu globalement intéressant, et même si l'ensemble n'est pas toujours de même qualité, il faut se perdre dans ce véritable kaléidoscope pour apprécier le travail de l'artiste qui, en dépit d'une voix plutôt neutre, à l'audace de la créativité. Voilà un jeune qui connaît ses classiques et réussit à se les approprier sans tomber dans le plagiat.

Chroniques - par Willy Kokolo - 16 février 2018


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