We Out Here

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We Out Here (Brownswood recordings)

On vous bassine depuis un an et demi (ici, ou encore ), les anglais sont d’attaque. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne s’agit pas d’un coup fomenté par une caste de journalistes avides de nouvelles scènes étrangères. Si vous entendez parler d’eux presque partout (sur Konbini et Noisey), c’est que les musiciens de jazz londonien sont mûrs et drainent suffisamment de projets pour que la mode qui prenait forme à grande vitesse éclate au grand jour. Tout n’est pas à tomber. Il y a même du très moyen. On peut se méfier ou décider d’ouvrir grand ses oreilles pour que les oeillères n’y puissent plus rien. Sait-on jamais, quelques perles pourraient bien traîner par là.


Brownswood ne s’y est pas trompé. Le label de Peterson qui a fait de la découverte d’artiste sa raison d’être était en pôle position pour soutenir cette scène bourgeonnante. Les pérégrinations sud africaines de Shabaka Hutchings et le retentissement à tendance broken beat de Yussef Kamal donnaient quelques notes d’espoirs d’autres talents à venir. Le premier fait figure d’exemple, alors qu’il vient de signer un contrat de trois albums avec le label de jazz légendaire Impulse. Par son approche ouverte et éclectique du jazz qui va voir, par la diversité de ses projets et leurs réussites respectives, il était le parrain et le directeur artistique désigné pour cette compilation où Brownswood accueille une poignée de noms que les plus avisés auront déjà découvert sur Bandcamp : Ezra Collective, Nubya Garcia, Maisha, Joe Armon-Jones, Kokoroko, Theon Cross et Moses Boyd, l’un des plus identifiés de la bande, pour son duo avec le saxophoniste Binker Golding. Ils ont l’électronique, les Caraïbes et l’Afrique (de l’ouest et du sud) en ligne de mire ; un tiers d’entre eux a été soutenu dans un premier temps par le label Jazz Refreshed qui effectue le boulot de défrichage et la plupart se sont présentés sur la scène du Total Refreshment Center, dernière entité indispensable de ce consortium en puissance.


WE OUT HERE, crie le titre majuscule. ON EST LÀ, en version française pour les fréros. Comme une bande de potes représentant leur quartier. Parce qu’ils se fréquentent, pour certains, depuis des lustres et n’arrêtent pas de se croiser sur et en dehors de scène et qu’ils déploient à l’étranger la bannière londonienne d’un jazz créatif, ouvert sur son époque et pas redondant. Nubya Garcia présente un morceau de post-bop assez traditionnel ; Maisha évolue dans des nappes d’un spiritual jazz d’inspiration seventies ; tandis que Ezra Collective et Kokoroko piochent chacun à leur façon dans l’afrobeat, l’une, nerveuse, l’autre, plus contemplative ; Theon Cross, lui, nous rappelle par le uptempo et ses riffs au tuba qu’il joue dans Sons of Kemet et qu’il en a gardé l’envie de faire danser ; et Moses Boyd, lui, nous rappelle son amour pour l’électronique. Mais comme le format de la compilation permet de se prendre au jeu un peu gamin et subjectif du titre préféré, on clame sans trop de risques : 1/Kokoroko ; 2/Shabaka Hutchings ; 3/Maisha… Les autres valent aussi le détour et les écoutes obsessionnelles.

Chroniques - Florent Servia - 15 février 2018


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