Joachim Kuhn New Trio, Love & Peace

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Joachim Kühn New Trio, Love & Peace (Act)

Les années qui passent n’occultent pas la créativité et la sensibilité à fleur de peau du pianiste Joachim Kühn. Depuis toujours, il chemine dans  les espaces de liberté et le contournement des conventions sans perdre pour autant le sel mélodique qui fait chanter l’âme. L’album Love & Peace ne déroge pas à la règle.

Faut-il encore présenter le pianiste né à Leipzig ( ex RDA) en 1944, passé par des études de piano classique en  enfant prodige, devenu jazzman à l’orée des années soixante, qui se confrontera,  lorsqu’il résidera à Paris, à  Daniel Humair, Jean-Luc Ponty et Jean- François Jenny – Clark ; plus tard à Ornette Coleman  ( album » Colors ») avant d’enregistrer en trio avec Magid Bekkas ( guembri) et le percussionniste Ramon Lopez et de se joindre au  quintet d’Emile Parisien ? Pour son dernier album, il a choisi, une fois encore, des partenaires talentueux dont la jeunesse relative (ils ont environ  trente ans de moins que lui) peut le titiller. Les egos de Chris Jennings et Eric Schaefer n’étant pas boursouflés, les deux comparses se mettent au diapason d’une musicalité empreinte de délicatesse.

Love & Peace est  un album conçu et arrangé par Joachim Kühn autour de ses compositions propres  (« Love & Peace » ; « Mustang » ; « Barcelona – Wien » ; » New Pharoah » ; « Phrasen ») mais aussi d’emprunts aux Doors (« The Crystal Ship »), à Ornette Coleman (« Night Plans ») et même à  Moussorgski (« Le Vieux Château »). Le pitch : la simplicité de pièces concises qui aient un lien avec la philosophie du Love & Peace. Et le pianiste allemand d’ajouter en exergue : « On ne peut pas improviser librement si on ne vit pas librement ».

L’impact de l’album tient à  la beauté du son, à  l’essence mélodique et à trois comparses en totale harmonie. C’est l’oxymore d’une « modernité classique », un « pianisme » nerveux et un toucher ductile à l’école des apprentissages  du classique dans les conservatoires des pays de l’Europe de l’Est. C’est plus profond qu’il n’y parait ; comme si la sagesse de l’âge exacerbait encore la sensibilité musicale.

Chroniques - par Philippe Lesage - 29 janvier 2018


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