Edmony Krater, An Ka Sonjé

Edmony Krater, An Ka Sonjé (Heavenly Sweetness)

Découvrir An Ka Sonjé c’est un peu comme déguster une papaye sur une plage de Guadeloupe. La saveur doucereuse de la chair du fruit exotique vous envahie d’emblée, comme les mélodies sucrées de cet opus, et ce n’est qu’à la seconde bouchée que le parfum d’abord un peu fade mais délicat vous en parvient dans toutes ses nuances.

La musique Gwoka est fondatrice de l’identité guadeloupéenne. Elle est celle de la lutte contre toutes les oppressions, contre l’esclavage, contre la colonisation. Edmony, musicien protéiforme, auteur, compositeur, chanteur et trompettiste, revisite avec son groupe, dans une allégresse collective contagieuse, les arcanes du style, dans le respect de la tradition.


Les rythmes et les airs traditionnels que continue d’explorer Edmony Krater dans ce nouvel album sont toujours d’une fraîcheur vivifiante, comme si la source en était intarissable, le compositeur nourrissant en permanence son inspiration de multiples influences contemporaines, jazz, funk, ragga ou musique électronique. Le tambour Ka et les mélodies naïves de la voix pleine de soleil du chanteur sont ici mis en valeur par les harmonies complexes et subtiles du pianiste Franck Souriant et font d’An Ka Sonjé un album à plusieurs niveaux d’écoute.


Les instruments acoustiques et arrangements électriques, pour ne pas dire electro (An Ba Jouk) font bon ménage, et la richesse des harmonisations vient nourrir la bonne humeur qui transpire au fil des pistes. Edmony Krater relève ainsi le challenge de produire un album qui donne envie au pied de taper la mesure sans pour autant que l’oreille ne s’ennuie, surprise à chaque nouveau morceau par l’audace d’un arrangement, par une orchestration inattendue, par une ligne de basse funky qui slape discrètement, un solo de trompette inspiré en demie teinte ou un riff de Rhodes ravageur qui injecte une énergie explosive à la mécanique bien huilée du groupe. Moi, je reprendrais bien un peu de papaye !

Edmony Krater : tambour Ka, Bugle et chant Franck Souriant : piano, voix, percussions Kulusé Souriant : batterie Pascal Bilongue : percussions, tambour ka Julian Babou : basse

Chroniques - par Xavier Leblanc - 19 janvier 2018


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