Mercredi s’est tenu au New Morning un concert évènement : les 20 ans d’anniversaire du disque Carnet de Route du trio Romano/Sclavis/Texier. Le premier album d’une trilogie née d’une aventure africaine menée au début des années 90. Une aventure humaine et musicale qui s’est soldée des années plus tard par un succès commercial devenu rare dans le jazz. L’annonce de cette soirée anniversaire il y a quelques mois a provoqué des réactions de jeunes adolescentes en émoi dans la rédaction de Djam. Des gosses pris au dépourvu mais sacrément excités par cette chance que le destin miséricordieux leur accordait, comme un pardon à une jeunesse inexcusable. Le genre d’aubaines qu’un bon passionné de jazz ne laisse pas passer. Avec la voie à suivre des confrères journalistes voutés par le temps et par l’envie de ressasser leur amas de souvenirs de concerts vus depuis 50 ans.

Aujourd’hui les trois routards tournent surtout chacun de leur côté - se croisant à l’occasion -, additionnant de nouvelles expériences à une liste de concerts et de disques qui les placera sur le wall of fame du jazz hexagonal. Mais mercredi au New Morning nous goûtions au plaisir des choses rares avec plus de 250 autres aficionados venus se régaler aux bons souvenirs de cette musique vraie - honnête. Il n’y eut pas de surprise. Aldo Romano, Louis Sclavis et Henri Texier connaissent la formule de l’envoûtement - à laquelle seul l’écoulement du temps contrevient. C’est vrai, Aldo Romano se fait vieux. Les nombreuses anecdotes de Ne joue pas fort, joue loin (fragments de jazz), son autobiographie parue le mois dernier, ne diront pas le contraire : il y a du vécu derrière cette batterie - on en parlera ailleurs. Rien à redire du côté des anches et de la contrebasse des camarades Sclavis et Texier. On ne se lasse pas des ostinato de Texier ou Sclavis qui investit la clarinette basse du rôle de section rythmique, laissant à Texier de multiples escapades improvisées. La musique de Carnets de route brille, entre autres, du lyrisme et de la puissance de la paire clarinette/contrebasse. Sclavis n’y perd pas son penchant pour le free mais s’y adonne avec mesure, comme un écho à leurs folles escapades d'il y a 25 ans ; à cette liberté prise de jouer aussi hors des instituts culturels français en s'installant n'importe où dans les rues : pour un vrai échange.

De cette immersion vient la longueur de ce projet qui transpire encore d'authenticité après deux décennies. C'est ce qui fait dire à Aldo Romano "L'Afrique, je sais, est en moi pour le reste de mes jours". Pour nous, il y aura toujours les 3 albums Carnet de route, Suite Africaine et African Flashback accompagnés des séries de photographies de Guy Le Querrec, vestiges au Leica d'un voyage hors normes.

Florent Servia

Crédits photo : Margot Vonthron

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