À quoi bon parler d'un concert quand tout le monde y était ? Mardi soir au New Morning les chaises étaient étalées autant que faire se peut, acculant toute une foule de spectateurs restés debout au bar. La présence de l'équipe de TSF Jazz pour une retransmission en live témoigne un peu plus de cet engouement pour la venue des Doigts de l'homme à Paris. Le groupe originaire d'Ardèche du nord célèbre la sortie de son nouvel album Mumbo Jumbo par une tournée à travers tout le pays. Les doigts de l'homme sont festifs, légers et délicats ; ils se baladent avec fougue et dextérité sur les cordes de leurs instruments. Les doigts de l'homme, francophiles philanthropes, surgissent d'un autre temps, celui d'un vingtième siècle traversé par les plaisirs du Bal Musette. Les doigts de l'homme viennent à nous pour nous ramener à de rares moments de détente et d'exception. Aux paroles taquines d'Olivier Kikteff sur la grisaille parisienne on rêverait presque d'aller valser dans leur belle Ardèche, ne serait-ce que pour y trouver l'origine de cette insouciance communicative. On ne verse toutefois pas dans l'ingénuité. Les doigts de l'homme n'oublient pas ceux qui s'accaparent les ficelles. Ils nous rappellent à l'annonce de leurs titres - « identité nationale » ou « rage against the roms – why so much » - que tout ne va pas pour le mieux, et en jouant, que rien n'est perdu pour autant. Et si le slapping du contrebassiste Tanguy Blum équivalait à une correction donnée aux hommes politiques, peut-être le monde serait-il parfait ?

Sur la scène du New Morning, les musiciens sont venus partager l'enthousiasme et l'engagement si particulièrement nécessaires au jazz manouche. À cette vitalité débordante ont fait écho les tapements du public qui battait la mesure, emporté par les nombreuses accélérations des musiciens. Il n'y avait effectivement pas de quoi s'ennuyer tant le groupe nous avait réservé des « surprises », à l'image de ces nombreuses ruptures dans les morceaux : changements de rythmes, de tempos ou de mélodies pour des partitions mouvementées mais interprétées dans un jeu parfaitement chorégraphié.

La prochaine fois, on vire les chaises et on guinche ?

Florent Servia

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