Mardi soir, 19h30. Je suis en avance. Ou à l’heure, pour une fois. Je me prendrais bien un gin tonic en attendant le groupe mais j’ai oublié mon portefeuille, ce qui n’a d’ailleurs pas l’air du goût de la serveuse qui me fait comprendre avec grand tact que c’est pas parce qu’on est ici sur invit’ qu’on peut se permettre de pas consommer. Hé, j’ai pas choisi d’être sobre ce soir. A défaut, je vais me soûler de musique, et ça m’a l’air bien parti ; les cinq p’tits gars montent sur scène, entrée joviale, quelques blagues et en route Michel. Ils ont la dégaine de grands ados, mais j’aime ça, ici pas de chichis, le saxophoniste a un t-shirt orange criard sérigraphié du beau « Socrates », qui annonce la couleur (sans mauvais jeu de mots). Le pianiste semble avoir assorti son style musical à son look (ou inversement) – sa coupe de cheveux me fait diablement penser à un chanteur de pop anglaise – pas banal pour un jazzman mais c’est plutôt stylé en fait. Ses doigts parcourent habilement le clavier de bois rouge, une mélodie guillerette en sort, le bassiste aligne, le silence se fait dans la salle, le concert commence.

Le quintet est direct, on sent tout de suite la belle énergie qui l’anime et la complicité qui unit ses membres, tous masculins. J’avoue avoir rechecké sur leur site, je n’ai pas eu la plume assez rapide pour noter tous leurs noms. T-shirt orange s’appelle en fait Benjamin Garnier, le pianiste au look british est Alexis Nercessian, le grand aux cheveux longs qui roule des yeux en triturant délicieusement sa basse est l’« ogre » Rémi Liffran, son copain de cordes est le guitariste Nicolas Gardel, tandis que le charismatique et hilare bassiste répond au nom de Florian Chouraqui.

Ils alternent des morceaux de leur premier album [Some Sweet Sweat] et d’autres ; j’ai retenu « No Way », « You Shall Not Pass », inspiré d’une séquestration que leur a infligé une mémé gangsta, suivie de leur libération par les forces de l’ordre, « Subway Blues », mais surtout « Female Condom » qui a l’agrément inestimable de comporter une notice vocale d’utilisation de… je vous laisse deviner, tiens.

Le tout est décontracté, cool jazz, un esprit funk, des touches pop ; c’est pas péteux, c’est efficace et le public est tout aussi réceptif que moi aux vibes qui se dégagent, ma main à parier que sans les tables étriquées de la salle ça gigoterait goulûment devant la scène ! Une chape sonore très fluide, des notes claires, des basses rauques à souhait et une rythmique habile ; on sent une ligne préétablie mais ça ne louche pas sur les partitions, ça sourit, ça grimace, et leur bonne humeur est contagieuse. Les mélodies sont souvent enjouées, savent nous faire exhaler inopinément et se faire coquines un peu aussi. Quelques idiophones, manip’ sonores viennent ludiquement agrémenter certaines compositions ; on regrette peut-être juste l’absence de vrais solos plus poussés.

« Blueberry Blues » m’emporte à New York le temps de quelques précieuses secondes, clap your hands, je swingue mentalement et je frissonne de plaisir – et de froid ; c’est vrai qu’il fait méga chaud en ce moment à Paris, super bonne idée la clim’ !

Ca monte enfin en crescendo, « be be be BOP BOP »… oh et puis merde, je suis une putain de néophyte non musicienne, vous vous contenterez de mes gros mots, je n’ai pas les bons pour décrire le délire, alors allez tout simplement voir ces gars-là, vous apprécierez – de toutes façons, on est d’accord, le jazz c’est bien joli sur le papier mais c’est dans les caves voûtées qu’on déguste !

http://www.prettydirtyjazzgang.com/

Marie Fantozzi

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