Où il sera question de poulpes, de football et de tourisme de masse Les plages du Languedoc étalent sous mes yeux gorgés de soleil salé leur longiligne clarté, du haut du Mont Saint Clair sur le flanc duquel notre auberge est sise. Je n'ai en fait aucune envie de rédiger un guide touristique, mais il faut avouer que la situation est plutôt sympa. D'un naturel profondément méditatif, elle m'incite à l'introspection. Déjà quatre jours et un festival de passés durant ce tour et les souvenirs s'entassent au rythme des concerts, des paysages traversés et des pleins de sans plomb 95.

DSC04550 Sète donc, après Luz. La mer après la montagne, les coups de soleil après la pluie… Pardi! c'est tout de même beau la France! Au bout du canal du Midi, le port est comme dirait Claude (le gérant de l'auberge) une oasis dans cette côte dédiée à la laideur architecturale et au tourisme de masse, qui depuis cinquante ans ruinent consciencieusement la belle idée de congés payés. Suivant les conseils de notre hôte, nous partons contempler la ville du haut des 183 mètres du mont Saint-Clair. L'ascension est pénible à nos corps frêles qu'agressent le mistral et le soleil impitoyable, mais nous atteignons le panorama au mental. Là, nous découvrons ébahis l'importance de l'ostréiculture dans le bassin de Thau, les 730 kilomètres nous séparant d'Alger, l'ample envergure des albatros, la richesse des habitants du coin et l'intérêt de la crème solaire. Tout cela méritait un bon repas. Sète est riche de ses histoires, de ses habitants et de ses traditions. Mais aussi de sa bouffe. La tielle est une tarte locale, sorte de chausson feuilleté au poulpe et à la tomate, que nous sert fièrement le tenancier du snack. La tourte engloutie, nous descendons le mont pour rejoindre le centre ville, bien plus agréable en piéton qu'en auto (putain de sens interdits!). Sur le chemin, Florent et Juliette improvisent une partie de sonnette tandis que Benoît et moi concluons avec sagesse que le monde est tout de même mystérieux et bizarre. Plus les jours passent, plus l'alternance entre les gamineries et le sérieux de notre travail dérangent ma psychose ; car j'aime énormément l'ordre et la routine. Une balade dans le centre ville confirme les dires de Claude (voir ci-dessus). Sète est bien une oasis qu'on aimerait parcourir en DS au son de Salut les copains. La ville est de plus envahie de poulpes, tel l'énorme monstre qui orne une fontaine locale. Je me dis que plus d'un môme de Sète a dû cauchemarder devant cette curieuse pieuvre de 2m50 de haut, puis je comprends que cette réflexion est bien trop stupide pour s'y arrêter plus longtemps. Le front de mer de Sète est un enchaînement d'échoppes dont la vocation est d'escroquer les touristes (heureusement peu nombreux) venus admirer cette belle ville. Egaré dans cette vaste arnaque, le restaurant le Yucca  parvient à séduire par un accueil chaleureux et de savoureux burgers. Pour le divertissement et l'alimentation, on préfèrera donc le centre ville où il est notamment possible de jouer un foot nocturne contre des lycéens devant une église qui ne s'y prête évidemment pas.

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Supérieurs techniquement dans tous les compartiments du jeu, ils nous firent longtemps douter. Nous parvenons à égaliser après avoir été menés 3 à 1, grâce à un mental d'acier dont les pieds nus et endoloris de Florent sont la plus belle métaphore. Nos adversaires flanchent peu à peu devant tant d'abnégation et Benoît glisse le ballon de la victoire entre deux sacs à dos, sur une action collective de toute beauté. 7 à 5, score final. Les cinq lycéens nous serrent la main, le regard revanchard devant une défaite soulignant les limites psychologiques de cette jeune équipe.

    A song of Ice and Fire

Pour un foot ou toute autre activité corporelle, orientez-vous plutôt vers la plage communale sur la route de Marseillan. Sète étant encerclée par le Cap d'Agde et Palavas, celle-ci est étonnamment vide pour la mi-juillet. Cela se comprend aussi à la température de l'eau, d'une fraîcheur extrême. Une mère décide soudain de se faire enterrer par ses enfants ; et l'hommage à Brassens me plaît autant que de voir Brad Mehldau à moitié nu jouer à la balle avec ses enfants dans l'indifférence générale. Censurant toute envie de perturber ses vacances par une demande inopinée d'interview on the beach, nous vaquons à nos occupations estivales. Sans chercher outre mesure à nous présenter comme des héros postmodernes, il faut bien imaginer à quel point travailler par ce temps et dans ce cadre relève de l'exploit, d'autant que les autochtones sont très cool et font bien durer la vie plus d'un million d'années - cette affirmation a été agréée par Claude et n'exprime aucunement un quelconque snobisme parisien. Sète est une ville d'extrêmes :  les poivrots munis de guns serrent la main aux plus avenants des serveurs de café et la morsure brûlante du soleil enlace les ondes glacées.  La glace et le feu.

A me relire, mes convictions vacillent, mon esprit s'embrume… Je crains d'avoir malgré moi écrit un guide touristique - en oubliant moult bijoux du patrimoine sétois, bien évidemment! Je réalise que non, car j'ai oublié d'inventer un calembour sur le toponyme: pas de cinq à Sète ; jeu Sète et match ou de Brad ascète. Je peux donc cesser ces divagations qui constituent hélas mon plus long article pour Djam et rejoindre en chantonnant un petit Brassens la partie de ping-pong.

Sinon, on a fait un petit tour à Jazz à Sète.

Pierre Tenne