On fait tout un foin de Marciac. L'ambiance, les têtes d'affiches... La fête du jazz en France ! Alors je ne pouvais que m'en réjouir. Oui, c'est une confession, hormis Antonin aucun de nous n'était allé à Jazz in Marciac. Plus de 800 bénévoles, d'innombrables musiciens et tout un village animé à chaque coin de rue. Tout cela entaché le soir de notre arrivée par une averse longue de toute une nuit et une journée. C'est bête, mais ça compte. En 4 soirs, on aura assisté aux concerts de Leila Martial, Kenny Garrett, Mélanie de Biasio, Ahmad Jamal, Cecile McLorin Salvant et Dee Dee Bridgewater. La grande scène sous le chapiteau est impressionnante sûrement trop. La question des conditions d'écoute est légitime en ce sens... Pour Kenny Garrett ça a marché tant il a assuré le show avec son quintet. Et je pense particulièrement à Vernell Brown, son pianiste qui s'est improvisé rappeur pendant le rappel. J'ai rarement vu un concert où l'esthétique changeait autant entre chaque morceaux. Le quintet est par moment tombé dans l'easy listening, mais le spectacle fut tel que tout peut leur être pardonné. Et puis les quelques morceaux étiquetés spiritual jazz furent des plus persuasifs... Un Tapage avec Kenny Garrett donnerait tout son sens au nom de notre belle émission. Pauvres voisins. Une autre invitée désirée dans Tapage était Mélanie de Biasio. Je ne l'avais jamais vue en concert, il était temps ! Elle fait partie de ces artistes dont l'album prend de l'ampleur sur scène, avec un vrai travail sur des lumières éparses qui accentuent la pénombre ambiante. La salle de l'Astrada y est pour quelque chose. Les conditions y sont meilleures. Parce qu'un Ahmad Jamal sous le grand chapiteau - aussi fantastique soit-il - perd de sa saveur. De même pour une Dee Dee Bridgewater dont le chant m'aurait presque meurtri les oreilles tant le volume était élevé... Dommage !

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Quoi qu'il en soit, le festival a dépassé le cadre de la promotion essentielle à son succès. Jazz in Marciac conserve sa superbe. Chaque année, depuis 37 ans et bien des changements, ça se bouscule dans ce petit village du Gers qui respire la joie de vivre. Sur la place centrale des commerçants encerclent le petit chapiteau qui accueille des concerts pendant la journée. Sur toute la place, on peut acheter des disques, des livres et beaucoup de babioles. Dans presque chaque bar on peut écouter un groupe le soir.

C'est chez les bénévoles que l'on retrouve la meilleure ambiance, ou en tout cas chez les jeunes en général. Après 3 semaines de tournée des festivals, on en avait rarement vu autant. La tendance se renverserait presque, les 16-25 ans jouent des coudes avec les retraités à Jazz in Marciac. Ils sont la preuve vivante que le jazz perdure à travers les générations. C'est un soulagement. Pour la première fois en 6 festivals nous nous sommes moins sentis seuls. Comme eux, nous avons été au camping. Et comme eux nous avons profité de la pluie. Au milieu de la nuit, Benoit baignait dans une flaque d'eau que son sac de couchage trempé n'avait pas pu repoussé. Et comme on dit : mare dans la tente, nuit dans la voiture...

Le reste de ce séjour fut plus calme à ce niveau. La météo au beau fixe, nous partames en observation au camping sauvage où jeunes musiciens et bénévoles jamment, dansent et discutent autour du feu chaque nuit. Et la boue n'arrête pas ces jeunes forcenés. L'une d'eux s'est tout de même mise à rêver d'une meilleure condition pour ces soirées à rallonge. De cette volonté est né le jazz dôme, une construction en bambou de plusieurs mètres de haut et de large. Ne restait plus qu'à le couvrir. Et c'est là que Djam intervient. Accompagnés de l'initiatrice du projet, Martin, Victor et moi nous sommes lancés dans la récolte de fonds à travers les rues de Marciac. Une petite cagnotte pour un grand projet. C'est dans ces moments que la caméra facilite les choses. Je ne sais pas si ce fût la générosité inhérents aux gens ou ma force de persuasion qui fit le travail, mais nous achevames de convaincre quelques donateurs. En ce moment même, les utopistes sauvages mènent peut-être la grande vie sous le jazz dôme... Je leur envoie tout mon soutien et leur somme de nous envoyer une photo si c'est le cas !

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A 900 mètres de là, le village du festival où nous montames 2-3 projets d'envergure. Le premier fut d'amener quelques musiciens à jouer pour nous dans les rues de Marciac. Par chance, notre confrère Anto, guitariste de son état, avait rejoint l'équipe pour Marciac. Nul hasard dans cete organisation parfaite. Un coup de fil plus tard, martin (batterie), Neil (sax) et un contrebassiste étaient de la partie pour ce concert improvisé sur la place d'une galerie d'art. C'était l'occasion de sortir la méconnue banderolle Djam et de filmer le tout. Cette banderolle nous a suivi dans toutes nos aventures cet été. A Marciac nous l'avons réutilisé le lendemain pour un stand Djam improvisé dans une rue. Sur une barrière, la banderolle. A côté, Antonin toujours à la guitare. Et autour, Benoit et moi, les vendeurs ambulants. Inutile de vous dire que l'échec fut cuisant. Ce sera la touche d'autodérision dans le documentaire. Et parce que la communication compte, nous poursuivimes notre campagne de communication par la distribution de près de 500 flyers devant le chapiteau avant le concert de Cecile Mclorin Salvant. Ce fut efficace. A tous les parisiens... nous serons devant les salles de la capitale lors des gros concerts à venir cette année. Préparez-vous.

Florent Servia