Le jeudi 24 juillet,  trois individualités étaient réunies sur la scène éphémère du jardin botanique de Bordeaux, trois solistes talentueux et inspirés. François Corneloup - l'initiateur du projet - Hélène Labarrière et Simon Goubert. Ensemble ils ont joué le répertoire de l'album Noir lumière (2010). Après 10 jours et 3 festivals de jazz, j'avais enfin mon coup de coeur : un concert de feu mené par 3 routards du jazz Français. TDBA1514

C'est à trois qu'ils sont le plus captivants, quand ensemble ils font monter le temps et la puissance, quand les riffs de Hélène Labarrière et la folie de Simon Goubert laissent à François Corneloup le soin de décliner la mélodie. Sans faire d'éclats, ils ont montré de l'assurance. Un sentiment qui en impose et que leurs belles bêtes accentuent, trois instruments massifs dont la seule présence force au respect : un saxophone baryton, une contrebasse et une batterie. C'est suffisant pour occuper l'espace et l'esprit du public. Avant le concert j'avais interviewé Simon Goubert. Je fus donc marqué pendant le concert par ce décalage amusant qu'il y a entre le bon sens, la douceur et la discrétion qui semblent l'habiter et l'énergie invraisemblable qu'il donne, caché derrière sa batterie pantagruélique - aux deux cymbales hautes comme les deux tours inaccessibles d'une forteresse. De la première à la dernière minute j'avais les oreilles écarquillées et je suis heureux d'avoir été plus subjugué par eux que par Joshua Redman (Sète), Trilok Gurtu (Millau) ou Lee Konitz...

C'est la marque de ce jeune festival que de revenir sur des projets qui ne sont plus tout neufs dans le monde des agents et des programmateurs ; qui ne sont plus des succès commerciaux et n'attirent pas le grand public ; mais qui ont de l'intérêt et une valeur indiscutable. À Bordeaux, combien connaissaient déjà cette musique parmi la soixantaine de personnes présentes ? Il fallait voir comment le public, dissipé pendant la première partie, s'est tu dès la deuxième minute. Un silence qui annonçait l'évidence : on passait aux choses sérieuses. Dans l'ensemble, ce fut le cas pour tout le festival. Jazz at Botanic reflète les choix intéressants de son programmateur, Cédric Jeanneaud, que les musiciens n'ont d'ailleurs pas manqué de souligner et d'encourager ! Yoann Loustalot qui invitait le tromboniste Glen Ferris à se joindre à son projet Aerophone ou les Toons du Tricollectif... De quoi servir allègrement le maigre public présent. Hormis le nom célèbre de Lee Konitz l'affiche n'invitait pas au rêve pour le plus grand nombre. Et ce n'est justement pas le très attendu papy saxophoniste qui marqua les esprits. Parrain officiel du festival Lee Konitz n'a pas brillé par sa présence et qui pourrait lui reprocher ? À 86 ans on a le droit à ses lubies comme à ses petites exigences, surtout quand on a eu une telle carrière. Peut-être l'était-il déjà ? Et c'est pour clore les hostilités qu'il nous a offert une belle conversation aux côtés du pianiste franco-américain Dan Tepfer, avec qui il joue depuis déjà quelques années. Une belle histoire inter-générationnelle qui confirme les attentes qui sont portées sur Dan Tepfer - si l'on a eu vent des haute exigences de Lee Konitz...

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Jazz at botanic n'a qu'un an et désormais deux festivals dans ses bagages. Avec quelques réglages au niveau de l'organisation et de la communication, le festival devrait être amené à se développer. Le restaurant du Caillou au jardin botanique se fait les armes toute l'année avec des concerts programmés chaque semaine. Ce qui est sûr, c'est que l'été le jardin est un petit havre de paix sur la rive droite de Bordeaux. L'an prochain, la programmation devrait être à la hauteur, et le régisseur ne redemandera surement pas aux spectateurs de ranger les chaises...

Florent Servia + Thierry Dubuc (photographies)