Guillaume Perret & the Electric Epic - Millau en Jazz - 17 juillet 2014 Guillaume, ô Guillaume! Je suis le cow-boy qui chevauche dans la Death Valley sous un ciel implacable de vautours au son des lancinantes syncopes de ton saxophone… Je suis l'ado des années 60 qui découvre la distorsion, l'ado des années 70 qui rêve de funk, l'ado des années 80 qui ondule ses longs cheveux sur des riffs de métal, l'ado de toutes les décennies si tu le veux bien. Je suis aussi le vieux fou du souk où tu délivres tes solos en émir souverain. Guillaume! Je suis la pulsation de mon cœur tout à toi dans ce temps qui s'interrompt sous ton ordre… Mais Guillaume, je suis la haine du chroniqueur en même temps que l'amour du spectateur… Car comment rendre justice à ton concert? Comment surtout le faire alors que le principe de ce tour est d'enchaîner les moments de jouissance musicale? Luz a déjà épuisé mes réserves ; me voilà muet. Avec Guillaume Perret, les mots deviennent insuffisants ; et cette formule n'est honnêtement et pour une fois pas galvaudée. Peut-être est-ce l'influence hippie du Larzac voisin, mais ce concert a épuisé mon vocabulaire et je ne saurais que dire que certaines musiques se ressentent et ne se disent pas. Good vibes au CREA de Millau! Assister à un concert de The Electric Epic revient à parcourir sans les comprendre des paysages musicaux se succédant avec une énergie et une cohérence démentes. La synthèse des influences musicales, plus éclectique qu'un inventaire à la Prévert rédigé sous LSD, est le meilleur hommage à l'Ulysse de Homère que le band revendique comme inspiration sur ce projet. A la façon d'un roi d'Ithaque moderne, Perret fait voyager Millau au rythme hallucinant de son saxophone électrifié, déployant une intensité physique qui ne se relâche jamais durant ces presque deux heures que dure le set. Bien payé par un public impeccable, le saxophoniste parvient à mouvoir nos corps amorphes pour esquisser une danse tribale devant la scène. Succès précieux dans un festival de jazz.

 

DSC04577 Soûlé dans le flot brut de cette musique éprouvante, on ne retient qu'un profond contentement. Quelques impressions demeurent malgré tout : le solo étiré à l'infini de Jim Grandcamp sur le rappel fascine pour la virtuosité du guitariste autant que pour le gros plaisir qu'en retirent les musiciens et les spectateurs. Philippe Bussonnet, ancien bassiste de Magma, cale ses harmonies virtuoses avec une fraîcheur et une tranquillité de mâle alpha de la scène jazz fusion (catégorie qui décidément ne fait pas honneur à la musique de Guillaume Perret). Le jeune disciple de John Zorn donne ainsi tout son sens aux qualificatifs accolés à son projet. Nouveau, énergique, moderne, puissant, éclectique, et donc épique. Guillaume Perret est indéniablement tout cela, mais on ajoutera après quelques autres qu'il est sur scène un artiste également très pictural. Le saxophoniste a un côté bestial (dont mes photos sont la preuve sublimée) qui ajoute indéniablement à l'hypnose de sa musique.

 

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Ce concert m'a convié dans une adolescence intemporelle de groupie enthousiaste. Millau en Jazz s'efforce de nous conserver dans cette effervescence par un accueil irréprochable , une ambiance sereine et explosive qu'incarne le club pendant la nuit, et bien sûr une chambre à l'internat du collège Marcel Aymard. Le paysage des Causses et la ville médiévale complètent l'ensorcèlement ; je ne quitterai plus la terre de mes vertes années où j'eus le privilège de contempler Guillaume. Ô Guillaume…

Pierre Tenne