Renaud-Gabriel PION, New York Sketches

Les lumières de la ville, au loin. Les vibrations de l’air ; les sons d’une Babel étrange qui suintent de partout ; des conversations, des chants, des sirènes, les bribes d’un speaker radio («Radio Audience »), des percussions indiennes («Raggamuffin Brooklyn », « Punjab To NY»), une fanfare(« One-Man – Fanfare In A Cab »). Déambulations nocturnes dans New York ; des instantanés restitués sous forme de poèmes sonores. Un rêve éveillé qui soigne les blessures de l’âme esseulée. Certains diront que cela ressemble à une BO urbaine mais c’est beaucoup plus entêtant, presque un travail ethno-musicologique sur une mégalopole contemporaine.

Où se situe Renaud-Gabriel Pion ? Lui qui fut formé par des compositeurs de musique contemporaine comme Karol Beffa ou Edith Canat de Chezy ; lui qui est allé étudier la musique tonale en Inde, en Turquie et en Arménie tout en se frottant à des artistes du monde de la pop music (John Cale, Elvis Costello, David Sylvian et j’en passe) et des marginaux du son et des mots comme Hector Zazou, cet artiste génial, déjà oublié. Disons qu’il se refuse à toute auto-censure, humant l’air du temps et des lieux, en explorateur des sons du monde.

Ce multi-instrumentiste ludique (claviers acoustiques et électroniques, anches, flûtes…) sait se fondre dans les mondes d’autres personnages inclassables. Il a donc fait appel à Arto Lindsay, Barbara Gogan, Erik Truffaz,  Iva Bittova - la voix de cette chanteuse que je ne connaissais pas est sublime -, Ryuichi Sakamoto, Vikyat Singh ou le batteur Steve Argüelles. Avec lui, pour reprendre le titre de la dernière plage de l’album, « Eternity Is A Long Time »,  le“huming noise”  - ou bourdonnement -  de New York, comme il le dit lui-même. Un pur envoûtement.