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John Coltrane, European Tour 1962


Il faut se lever tôt et se coucher tard, dormir quatre heures par nuit comme Macron, pour digérer les dix cds du coffret European Tour de John Coltrane qui propose des concerts captés lors d’une longue tournée en 1962 passant par Paris, Amsterdam, Stockholm, Oslo, Copenhague, l’Allemagne et même la Suisse et l’Italie. Il y avait déjà eu une première tournée en 1961 où le contrebassiste était alors Reggie Workman ; celle présentée ici compte toujours avec le pianiste McCoy Tyner et le batteur Elvin Jones mais Jimmy Garrison est désormais à la contrebasse et Eric Dolphy ne se joindra pas, cette fois-ci,  au quartet. En 1961 et 1962, John Coltrane commence à imposer ses vues et à asseoir sa réputation auprès d’un public européen qui fut parfois étonné voire déstabilisé par ses  précédentes prestations au sein de la formation de Miles Davis.


Comme John Coltrane est devenu une sorte de statue du Commandeur indéboulonnable et qu’il est fort rare de lire des choses négatives sur son compte, on se plait à relever, pour justifier du contraire, le jugement de John Zorn lors d’une interview accordée en janvier 1989 à Jazz Magazine : « Oui, je veux qu’il se passe des choses dans mes concerts, ce qui suppose des structures solides, je ménage des dispositifs de sécurité. Coltrane improvisant pendant une demi-heure par exemple, désolé de choquer mais ça m’ennuie ».


Cherchons à recouvrer une certaine virginité en allant vérifier sur pièces. Il nous faut l’admettre et le clamer haut et fort : nos émotions d’antan n’étaient pas infondées, les prestations sont fascinantes, incandescentes… mais il y faut une écoute physique dont on sort plutôt groggy ;  avec toutefois des bribes de mélodies en tête, un son de piano percussif et un drumming virevoltant qui ne s’effacent pas de la mémoire. On met le doigt sur une vérité : Trane et ses acolytes signaient bien un virage de l’histoire musicale. Au point de perdre en route un public plus amateur de belles mélodies ; et d’aimanter des disciples qui vont se comporter comme des « élus ».


Petit retour en arrière. 1962, c’est encore une période charnière dans le jeu du saxophoniste, relativement accessible. Le temps des ruptures, du jazz modal avec ses envolées ascensionnelles interminables et l’émergence de la free music qui va advenir ne se pressentent qu’en filigrane. C’est vrai déjà dans les captations de ces concerts, les plages sont longues et les improvisations pourront être perçues, selon l’humeur du moment, comme interminables ou, au contraire, d’une beauté incandescente. Mais l’auditoire peut encore se raccrocher à des standards comme « Bye Bye Blackbird «, « My Favorite Thing » ou à des compositions propres de Coltrane comme la sublime «  Naïma » ou « Mr P.C. » déjà entendues par le public européen ; seule «  Chasin’ The Trane » ou « Impressions » sont, à l’époque, des découvertes. Chaque concert est une aventure, une remise en question des lectures précédentes. Tout est force de l’esprit, énergie ; jusqu’à l’épuisement des combattants.


Ces concerts sont bien des moments historiques en dépit, quelquefois, de conditions de captation hasardeuses. On reviendra, encore et encore, se lover dans la mélodie de « Naïma » et comparer les variantes de «  My Favorite Thing ».


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