marietrintignantup2.9053 Article extrait du 1er numéro de notre trimestrielle papier Djam, le jazz en papier recyclé, paru en avril 2012 et consacré aux liens entre le jazz et le polar. Tous les anciens numéros sont disponibles ici !

 

C'est toujours avec un mélange d’appréhension et de profonde nervosité que je lance Série noire. J'essaye de contenir mon fanatisme pour Patrick Dewaere et Marie Trintignant, Bernard Blier tout aussi excellent en infâme cloporte et n'oublions pas Myriam Boyer, merveilleuse dans le rôle de la femme-enfant paumée. Les adaptations de Jim Thompson ont très souvent donné bonne matière au cinéma, on peut citer The Getaway par Sam Peckinpah ou encore Coup de torchon de Bertrand Tavernier, réciproquement 1972 et 1981. Confiant l'adaptation à Georges Perec, c'est avec A Hell of a woman qu'Alain Corneau réalise un classique du cinéma français dont les 890 578 entrées ne laissaient pas présager ce statut.

 

« EXCUSEZ MOI MAIS VOTRE BLOUSE LÀ ELLE EST TOMBÉE.  »

Les sales gueules et les ratés défilent, rien ne semble sortir de bon de cette banlieue morne et glacée de Paris. « 45 ans dans les dents », Poupard ne déroge pas à la règle, démarcheur vivant de ses petites arnaques, il déménage de taudis en taudis jusqu'à ce que son chemin croise celui de la moue boudeuse de Mona. Les dialogues d'une banalité affreuse n'empêche pas le film de sombrer dans le glauque, les tentatives pathétiques de Franck d'améliorer son sort échouent sans cesse et cette gaucherie sert de ressort comique à un humour noir bien distillé ; Alain Corneau maîtrisant particulièrement les fantaisies de ce pauvre type.

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 « DIS LE MOI QU'ON A PLUS RIEN À CRAINDRE.»

 

Ses escroqueries vont bientôt attirer l'attention de son employeur, interprété par Bernard Blier. Franck a beau se savoir maladroit, cela ne l'empêche pas de se croire plus rusé que les autres. La performance de Dewaere apparaîtra pour certains comme la meilleure de sa carrière, pour d'autres comme une caricature de son jeu (certains critiques parleront même de 'one-man-show'). Il n'en demeure pas moins que les sauts d'humeurs de Franck Poupard n'auraient pas pu être mieux interprétés, ses raisonnements farfelus sembleraient presque faire autorité, du moins c'est ce qui suffit à Mona. Difficile de transposer un roman américain dans la France giscardienne des années 70, difficile de trouver les mots pour retranscrire la sincère sensibilité qui suinte de ces plans, ou comme dirait Bertrand Tavernier, « Difficile de trouver les mots, les phrases exactes pour décrire ce que l'on ressent physiquement après Série noire, tant on en sort épuisé, lessivé... Comme si l'on avait réellement participé à ce qui vient de se passer. »

Olivier Touchent

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