POCHETTE-OK-yo-traficusprle

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Yoram Rosilio & l'Arbf & Hmadcha, Dhöl Le Guedra, Arbf, 2013

Dhöl Le Guedra est de ce genre d'albums qu'on veut faire écouter, à tout le monde. "Tu connais pas le free? Le jazz? Non plus les musiques marocaines?" Ecoute ça. Puis même si tu connais, écoute ça. En fait, cherche pas, écoute ça.

Faire écouter Dhöl Le Guedra pour l'identité désarmante d'originalité de cet album, dans un nouveau projet avec l'Anti Rubber Brain Factory à la rencontre des traditions du soufisme marocain – ici plus précisément avec la confrérie Hmadcha d'Essaouira. Il y a quelque chose d'une quête des origines pour le contrebassiste et chef d'orchestre, qui s'est en 2007 immergé sur place dans les rites de la confrérie ; et peut-être faut-il y voir la raison de la sincérité qui transpire par tous les pores du disque. Sincérité, originalité, quête, spiritualité, mysticisme même : liste des ingrédients du meilleur free américain dont Yoram Rosilio revendique les influences diverses tout en parvenant à sortir comme elles du piège des artifices superficiels de la fusion.

« Jalala » ouvre l'album avec le son acide de la gheïta, hautbois traditionnel marocain, puis construit progressivement à partir d'une mélodie simple un propos de plus en plus dense, tendu par la sédimentation de ces couches sonores successives agencées avec un sens aigu de la composition. Et c'est trop peu dire ! L'ensemble de l'album semble parfois suivre ce processus de tension, qui agite les influences divergentes de l'orchestre pour mieux les faire oublier : si « Trük 1 » swingue et groove avec un phrasé très jazz (mention spéciale aux saxophones de Maki Nakano et Benoît Guenoun), certaines pièces abolissent le besoin de classification. « Hamdouchiiya », longue suite inspirée d'un air traditionnel marocain, impressionne à ce titre en créant des sonorités puissantes et inouïes qui rendent caduque, s'il en était besoin, la pertinence de la sempiternelle question « Est-ce encore du jazz » ?

Dhöl Le Guedra, dans cette alternance entre compositions personnelles de Yoram Rosilio et musique traditionnelle, se permet toutefois des sorties de piste qui sans nuire aucunement à la cohérence générale de la musique enrichissent l'album d'inquiétudes salutaires pour l'auditeur. La « Fantazya » qui clôt l'album est une véritable fantaisie, presque dans le sens baroque du terme, où une mélodie puissante d'évidence alterne de toute sa majesté orchestrale avec de courtes improvisations remarquables d'audace de la part des solistes. Joie de vivre, pour faire simple.

Oeuvre foisonnante et maîtrisée, Dhöl Le Guedra est dans la jeune production de l'ARBF la preuve d'une maturité supplémentaire, en s'émancipant du léger formalisme qu'en pinaillant on pouvait par moments dénoncer dans l'excellent El Hal. Le faire écouter, donc. Parce que tout simplement, cet album est un bijou, un bonheur, une pure bombe. Parce qu'on ne le fait pas assez écouter – le courage de la musique autoproduite ! Pour tant de raisons qu'on ne peut les dire toutes, si ce n'est la plus impérieuse : ouvrir avec cet orchestre libertaire les horizons sans frontière des musiques qui, universelles, nous animent.

Pierre Tenne

Voir aussi la chronique de El Hal, précédent album de l'Arbf ; et l'entretien réalisé avec Yoram Rosilio.

Yoram Rosilio sera en concert lundi 9 février à la Java (Paris 11e), avec le Healing Orchestra de Paul Wacrenier, et le 6 mars au Cirque Electrique pour un projet consacré au Rebetiko, musique grecque des années 1920-1950.

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