Ah ! On aimerait plus de projets comme ce Modern Times du trio de Yonathan Avishai ! Déjà, les quelques morceaux publiés par le pianiste sur Soundcloud, il ­y a quelques mois de cela, avaient éveillé notre curiosité. Nous avions du coup suivi avec attention la campagne de crowdfunding sur KissKissBankBank qui servit à financer cet album. Enfin, le magnifique concert au 38riv’ auquel j'avais assisté en décembre avait achevé de me convaincre. Tout était donc réuni pour nous faire adorer le disque avant même de l’avoir écouté.

Dans ces conditions, et avec toute cette attente, Modern Times aurait pu être une grosse déception. Mais il n’en est rien. C’est même l’inverse. Toutes les grandes promesses sont tenues dans ce disque absolument sublime. A quoi ressemble donc la musique de ce pianiste ? A rien. Et à plein de choses en même temps. Déjà le problème est posé : on a encore affaire à un ovni dont il est assez difficile de parler. Car c’est une expérience qu’il faut vivre et ressentir.

Aussi je n’essayerais pas de décrire l’album avec précision. Ca n’aurait guère de sens. Mais disons juste que ce disque est une œuvre cohérente possédant sa propre logique interne. Un « concept ­album » serions-­nous presque tenté de dire ! Sauf que si concept il y a, ce n’est pas une trame narrative foireuse comme dans de nombreux opéra­rock des seventies. Non, le concept ici serait plutôt une ligne directrice musicale claire, qui relie les morceaux entre eux et créée de l’homogénéité dans la diversité des compositions d’Avishai. Ainsi, nous ne sommes pas surpris d’entendre certains thèmes repris plusieurs fois dans l’album. Car, tout simplement, le disque s’enchaine magnifiquement bien. Et c’est l’une des principal force de ce répertoire.

A ce stade vous êtes en droit de demander : quelle est donc cette ligne directrice musicale ? Comme je l’ai dit, ça n’a pas tellement de sens de trop en parler, mais disons juste que le minimalisme est au cœur de l’art de Yonathan Avishai. L’humour aussi. Et enfin la tradition jazz la plus pure. Est-­ce un disque dont le principal intérêt reposerait sur une grande maîtrise des codes be­ bop par les musiciens? Oulala non ! Surtout pas ! Car si Avishai s’autorise plusieurs détour par un jazz au délicieux parfum années 30, le minimalisme omniprésent empêche la musique de sombrer dans quoi que ce soit d’impersonnel.

Il est également très agréable de voir à quel point le tandem rythmique formé par Yoni Zelnik (contrebasse) et Donald Kontomanou (batterie) joue le jeu avec un plaisir évident. On avait par exemple rarement entendu Zelnik autant en avant dans un album. Ses interventions sont nombreuses et pleines de goûts. Il ne tire cependant jamais la couverture à lui et reste dans l’univers du pianiste. On pourrait en dire autant de Kontomanou que je n’avais jamais entendu dans un contexte aussi traditionnel que celui­ ci. Quel plaisir d’entendre un chabada tout simple, avec un bon vieux rim­shot sur le quatrième temps !

Enfin bref vous l’aurez compris, c’est absolument magnifique, foncez. Il n’y a pas grand-chose d’autre à en dire. Si ce n’est que... La suite est attendue au tournant.

Martin Cazals

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