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Le big band, ça fait vieux. Ou alors free pour les plus récents, du Liberation Music Orchestra de Carla Bley aux grands ensembles plus récents comme celui de Barry Guy. Donc l’idée d’un big band plutôt classique, avec chanteurs, ça me laissait dubitatif. No Lucky Days est la réunion de deux Anglais, Charles Webster et Peter Wraight à la tête d’un sacré paquet de musiciens. Wraight compose, arrange voire écrit les paroles, Webster dirige.

Leur musique est à l’image de la pochette de l’album : apaisée, et sereine. Parfois trop à mon goût : la richesse instrumentale et harmonique ne masque pas certaines facilités au croisement de l’anti-folk (d’ailleurs la voix d’Emily Chick n’est pas sans rappeler parfois celle de Regina Spektor ou pour les plus vieux Eva Cassidy) et de l’easy listening. En soi, c’est une réussite : prendre la formule la plus datée du jazz, le big band, pour produire une musique qui fait plus que flirter (on touche parfois au viol) aux canons du genre, c’est osé.

D’ailleurs, on n’entend que très rarement l’ensemble, plutôt discret derrière les deux chanteurs (un homme, une femme : la parité). Tout cela invite à prendre No Lucky Days comme un album de pop jazzy d’abord vocale. De ce point de vue, on ne peut que noter les multiples réussites : la performance d’Emily Chick à nouveau, par moment bouleversante, un usage ingénieux des cuivres– que j’aurais aimés entendre plus quand cette putain de harpe commence à s’y mettre !

Bercé par cette musique qui ne tombe jamais dans la mièvrerie, on commence à apercevoir des petits moments sympas dans le travail d’écriture qui brise l’impression de lenteur uniforme de l’album. Wraight se permet des ruptures rythmiques et harmoniques qui saccadent les mélodies et confèrent aux titres une indéniable originalité. Bien plus que l’utilisation de l’électronique, assez conventionnelle depuis déjà quelques années.

No Lucky Days est ainsi à prendre pour ce qu’il est : un album épuré et mélodieux, dans lequel les amateurs de pop raffinée aux accents jazzy (ou de nombreux artistes ECM d’ailleurs) auraient tort de ne pas fouiner. Pour les intégristes qui préfèrent le jazz musclé (je me comprends), mieux vaut passer son tour.

Pierre Tenne

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