Si rares sont les élus qui parviennent à respecter l'esprit et la lettre de nos chansonniers français... Virginie Teychené ferait-elle partie de ces quelques privilégiés capables de faire feu de tout bois ? Écoutons le premier morceau d'Encore, "Jolie môme", de cette vieille branche de Léo Ferré ou ce troisième, « Madame rêve », hymne de sensualité de notre ami Bashung que vous connaissez sur le bout de la langue. On s'exclamera alors tous comme Morel : « Chapeau, moi je dis chapeau ! ». Et en plus...c'est du jazz ! On en viendrait presque à oublier Patrick Bruel et ses reprises de Barbara qui passent en boucle à la télé... Décidément, le joli cadeau de Noël !

Joli cadeau en effet parce que la voix « sismique et sensuelle » de Virginie (« Madame rêve », Bashung) peut se vanter de flirter aisément avec ces autres voix éteintes qu'elle récupère et qu'on réentend réellement à travers elle. D'aucuns la trouveront néanmoins plus agréable quand elle ne se mêle pas de chansons française. Virginie a beau traverser l'Atlantique jusqu'à Gershwin (« But not for me ») ou Joni Mitchell (« Both Side Now ») et faire cohabiter une multitude de voix en son sein, l'album ne manque pourtant pas de cohérence. Plutôt de punch, s'il fallait parler d'un manque à quelque chose. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle est loin d'être « A bout de souffle » la petite dame... N'en déplaise à Nougaro... Le choix des morceaux, bien sûr, n'y est pas pour peu. Il faut l'avouer : on a vu plus dynamique que l'Allée des brouillards ! Mais c'est sans doute dans cette langueur tranquille, un brin monotone pour ceux qui connaissent – et regrettent – la diction peut-être plus charismatique de nos chansonniers, que l'album trouve sa cohérence. Du reste, la voix langoureuse et éthérée de Virginie colle mieux aux airs de bossa nova (« Eu sei que vou te amar » du sieur brésilien Jobim) qu'à la folk rock de nos amis ricains. Et si vous aimez la voix profonde de la divine Joni, la reprise de « Both Sides Now » vous paraîtra plutôt ennuyeuse. Sans doute est-il de ces voix inaltérables dont la mémoire est à jamais rompue.

Autrement dit, Encore, quoique de prime abord étrangement frugal, n'est ni simple, ni épuré, ni silencieux. Agréable, sobre (et ceci est clairement positif), un peu long, parfois un peu froid parce que la voix de Virginie brasse beaucoup d'air, respirant de temps à autre plus qu'elle ne chante et se complaisant peut-être dans certaines – rares, soyons honnêtes – volutes lyriques. En somme, le plaisir de l'écoute sera essentiellement de reconnaissance : mnémonique et polyphonique. Les amoureux du jazz vocal s'y retrouveront. Comme ceux qui ne craignent pas de voir les chères chansons de leur enfance customisées à la sauce jazzistique !

Agathe Boschel

Virginie Teychené, Encore, Jazz Village, 2015

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