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Uptake, So Far So Good, Jazz Village/Harmonia Mundi, 2015

Le voilà ! Le premier album du nouveau groupe qui fait bouger les lignes, le quartet de jeunes sauvages qui va secouer la grande fourmilière croupissante du jazz français d'un franc coup de pied au cul de tout conservatisme. Jugez plutôt : vainqueurs du Tremplin Jazz de la Défense, du RéZZo Focal Jazz à Vienne. Beaucoup trop jeunes, trop talentueux, trop novateurs. Beaucoup trop de tout, dirait Kool Shen.

Mais pas assez de tout pour que le titre ne soit plein d'humilité et d'autodérision : So Far So Good, on n'aurait pas dit mieux. La musique des quatre rhodaniens dit s'inspirer de leurs jeunes homologues américains, Robert Glasper, Robin Eubanks et d'autres. La vie secrète des jeunes du jazz recèle quelques richesses avec en guise de points communs le tropisme pour la clarté mélodique et de l'épure rythmique. Les thèmes souvent très simples de Bastien Brison aux claviers, alliés aux baguettes cliniques de Paul Berne dialoguent dans ces inspirations avec un talent tout particulier, qui s'impose dès « Awake », premier titre de l'album.

Pour contraster avec ce parti pris très clair, les jeunes d'Uptake s'éprennent de différentes options. La préférée de moi demeure le choix d'un quartet où le soliste est un trombone, et dans lequel la basse électrique apporte un vrai groove sans trop en faire. Merci respectivement à Robinson Khoury et Pierre Gibbe : ce déséquilibre au sein même de la formation et de l'écriture apporte avec finesse des couleurs et contrastes qui font mouche, confrontant la sophistication presque atonale à des accords ouverts arpégées avec une grâce de biche, les rythmes binaires (« The Way ») à une forme de swing plus traditionnel (« Days in Montreuil »).

Mais le quartet emprunte par moments à leurs influences américaines d'autres tentations : celles de la pop ou de l'électro notamment (« The Way » et « Mood » pour les plus explicites), dont on devine qu'ils entendent en faire les moyens parmi d'autres d'un jazz renouvelé et tourné vers le présent voire l'avenir. Si certaines de ces échappées séduisent, d'autres laissent perplexes. L'impression de patchwork de l'album, parfois au détriment d'une cohérence générale, invite à voir dans So Far So Good l'étape d'une recherche, dont on aime certains chemins possibles tout en affichant un scepticisme et une morgue désobligeante pour d'autres.

Uptake est trop présenté partout comme le groupe de jeunes qui fout le sbeul dans le jazz français pour ne pas prendre un minimum de recul sur les discours commerciaux et médiatiques emballés du moment. Après prise de recul, il s'avère que le quartet a déjà bien des choses à dire – beaucoup trop de tout – et constitue une belle promesse pour nos plaisirs futurs. Jusqu'ici, tout va bien !

Pierre Tenne

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