eb010d43910865a8870e46b147972316 Pour son troisième album, le jeune pianiste prodige Thomas Enhco a fait fort ! Un album emprunt d'émotions et de délicatesse qui montre que l'enfant sage n'a pas fini de nous surprendre. Pour son jeune âge (26 ans), celui qui aime nous raconter des histoires – ici d'amour – fait preuve d'une étonnante maturité. Son jeu, révélé par le format solo, acquiert ampleur, finesse et souplesse. Autant de qualités qu'on lui prêtait déjà dans Fireflies mais qu'il sublime ici en laissant parler ce qui fait à coup sûr de lui un Orphée aussi enchanteur qu'intrépide : son cœur.

Composés pour la plupart pendant un rude hiver new yorkais, ces titres ne s'épuisent pas dans l'écoute. Non. Ils s'amendent plutôt avec le temps, comme un bon vin. A tel point que la mélancolie initiale qui transparaissait en demi-teintes à la surface de sa musique disparaît comme par magie au fil des écoutes. Huit compositions fougueuses, incisives et lyriques qui font du pianiste un poète. Et s'il l'est, c'est peut-être aussi parce que l'improvisation et l'écriture s'enchevêtrent chez lui dans un tissu indistinct qui donne à cette album sa fracture aérienne. Feathers (Plumes). On ne dira pas le contraire... Il y a dans le langage d'Enhco une naïveté tendre et impromptue qui ferait fondre le plus rustre de ces messieurs. Mais la candeur de notre ami ne nuit pas à ses morceaux. Loin de là. L'intime chez lui se partage. Et la candeur avec. La preuve avec « Sand Creek Song », acmé dramatique et avant-dernier morceau de notre album qui trahit bien la puissance évocatrice mais jamais diluvienne de ces compositions romantiques.

Au reste, une ingénuité qui joue certainement pour beaucoup – au-delà de sa formation musicale classique – dans cette hésitation prolongée entre jazz et classique qui le fait privilégier tantôt l'un comme dans « Watching you sleep », tantôt l'autre comme dans « I'm fine, thank you », sans toutefois rendre ces catégories presque caduques imperméables l'une à l'autre. C'est sans doute toute la force d'un pianiste comme Enhco de se situer sans pâlir au milieu d'une multitude d'influences, entre un Ravel et un Jarett par exemple, tout en conservant un jeu extrêmement personnel. Mieux intime. A écouter Feathers, on se dit qu'on assiste à l'éclosion d'une voix juste. D'une voix, tout court. Car il en faut du talent et de l'audace pour proposer, à 26 ans, en guise de troisième opus, un album solo ! Un pari risqué certes...mais accompli avec brio dans un langage musical qui annonce une nouvelle couleur jazz : un jeune musicien à suivre.

Agathe Boschel

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