On avait bien bien kiffé, faut-il s'en souvenir, le Conversation with the Drum du Workshop de Stéphane Payen, sorti plus tôt dans cette sombre année 2015. Bien bien bien. On avait également salué le travail du jeune collectif Onze Heures Onze, qui compte dans ses rangs d'autres musiciens talentueux, dont Olivier Laisney, ici à la trompette. Bien bien bien.

Le Workshop sort un second album la même année, et ne parlons pas des projets de tout un chacun en sideman. Plus dopés qu'un Christopher Froome sur le Mont Ventoux, ces mecs-là... Avouons qu'à l'inverse du cycliste britannique, le Workshop est agréable à regarder, plus encore à entendre. Music by Doug Hammond, comme son nom ne l'indique pas, est une discussion de l'oeuvre de l'insaisissable musicien américain, qui commença, faut-il s'en souvenir, aux côtés de Mingus avant tant d'autres. Hasard ? Coïncidence ? Stéphane Payen joue avec Hammond depuis quelques années déjà, ce qui fait de cet hommage un acte amoureux et intime plus que solennel.

Outre les similitudes de pochette, la correspondance avec le précédent Conversation with the Drums est également musicale, ce dernier opus retrouvant le même goût pour le spacieux, le martèlement groove de la basse (Guillaume Ruelland, un roc), les tempi bancroches et si changeants. Tant pis pour qui s'était immergé dans le premier et peut, en pinaillant quelque peu, reprocher au second certaines redites voir certaines facilités (« Vanessa's Dance », « Figit Time »). Tant mieux sans doute, car tout n'avait pas été dit, à écouter « Learning » filer, sur un ostinato de basse et un thème mélodique d'une simplicité géniale, des échanges d'une richesse qu'on veut croire inépuisable.

Le quartet parvient à nous en convaincre en laissant peut-être plus de liberté à l'expression personnelle de chacun (Olivier Laisney, indéfectiblement balèze, notamment) que dans le précédent album ; et surtout en allant encore plus loin dans son tutoiement avec le néant abyssal du silence (« Mini-Ensemble », « Waverings »). Au péril de l'écholalie, je répète qu'il y a grand intérêt à suivre ce que fait ce Workshop, qui maintenant avance avec une pression supplémentaire : celle d'avoir déjà convaincu, celle de devoir peut-être réinventer sa musique et l'amener vers d'autres horizons. Mais je suis un odieux enfoiré. Pour l'heure, il faut savourer car en sus de la beauté vaporeuse et enthousiasmante de leur musique, ce Workshop a quelque chose d'excitant dans son originalité et son insolence.

Je continue à bien kiffer donc. Bien bien bien.

Pierre Tenne

The Workshop, Music by Doug Hammond, Onze Heures Onze, 2015

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