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Je ne désespère pas de trouver un critère de la bonne musique. Un truc objectif, scientifique. En même temps, ça tuerait le boulot de critique... En attendant, on fait avec des petits trucs à soi, qui valent bien autre chose mais guère plus. Dans mon arsenal personnel, il y a l'écoute compulsive. Certains albums mettent quelques secondes à vous emballer ; puis vous les oubliez le lendemain. D'autres ne plaisent jamais, et vous les oubliez le lendemain. Une troisième catégorie est celle de l'écoute compulsive. Conversations with the drums, le bon exemple.

Première écoute : du déjà entendu, bien fait mais presque scolaire. La basse électrique un peu vintage de Guillaume Ruelland, des dialogues maîtrisées entre les soufflants (irréprochables Stéphane Payen à l'alto et Olivier Laisney à la trompette) entre improvisation très libérées et écriture mélodique raffinée. Circulez, rien à voir, mais surtout rien à écrire. Du coup, on réécoute, encore et encore...

Au bout d'une bonne dizaine d'écoutes, le vacillement. Le quartet de Stéphane Payen sait ensorceler et faire douter. Il sait voguer entre les idiomes à partir d'un travail en profondeur sur les traditions sub-sahériennes qui constituent une trame discrète à un album inconditionnellement jazz : voir le « Lyon Pt. 1 » qui fait peut-être le plus honneur au titre, en confrontant avec sophistication des échanges très free entre les vents et des percussions hiératiques  (Vincent Sauve, beau gosse) empruntes de références étrangères.

Quelques écoutes plus tard, on est convaincu que ce jeune quartet a réussi un pari compliqué. La formation aussi bien très classique qu'incongrue sur la scène actuelle permet un jeu fun sur les timbres qui – avec l'écriture du leader Payen – donne une cohérence totale aux sauts d'ambiances et de vocabulaire qui tissent cette conversation. Cette maîtrise et cette maturité s'accompagnent de moments de lâcher-prise savoureux où les musiciens s'abandonnent à une expressivité débridée et vous invitent à l'évidence - « Sesirnu », en ce qui me concerne.

Insistance  : le Workshop livre un album qui doit être écouté moult et moult, pour pénétrer une musique riche et évidente que masquent les apparences trompeuses de déjà entendu ou de formalisme étudiant. A leur manière, ces musiciens luttent contre le formatage de certaines productions estampillées « jazz moderne » par un projet longtemps muri dont ce Conversations with the drums est une première étape réjouissante en ce qu'elle laisse entendre une musique personnelle et forte. Une musique qui prend au sérieux ses auditeurs et les invite à une (ré)écoute active, tant elle a des choses à nous dire. Fait scientifique et objectif : ce Workshop est à suivre impérativement.

The Workshop, Conversations with the drum, Onze Heures Onze, 2015

Pierre Tenne

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