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The Very Big Experimental Toubifri Orchestra, Waiting in the Toaster, Label Bleu, 2014

- Réservé aux fins gourmets d'expérimental sous peine de delirium tremens - 

The Very Big Experimental Toubifri Orchestra... Voici un orchestre qui porte bien son nom. Et encore, c'est presque un euphémisme tant la surenchère instrumentale et stylistique abonde. « We'll be free because we are freedom and we are to be free » clâme une voix dès la première piste au titre éponyme. Ah bon ?... Dans Waiting in the toaster, tout est absolument grandiloquent et l'album n'est autre qu'un essaim démentiel où notes, cris, grognements et rythmes cardiaques volent tous azimuts à tire-d'aile en pleine déliquescence volontairement orchestrée. Pas moins de 17 musiciens parmi le fleuron de la jeune scène jazz et improvisée lyonnaise, pensez donc ! La folie des grandeurs a vraisemblablement rongé Grégoire Gensse jusqu'à la moelle et, on le reconnaîtra sans mal, il en ressort un joyeux capharnaüm free ô combien déstabilisant à première écoute.

Jean Barraqué, illustre compositeur contemporain, déclarait en 1969 à Raymond Lyon : « La musique c'est le drame, c'est le pathétique, c'est la mort. C'est le jeu complet, le tremblement jusqu'au suicide. Si la musique n'est pas ça, si elle n'est pas le dépassement jusqu'aux limites, elle n'est rien. La musique simplement belle, on s'en moque. Écrire une musique de la joie de vivre, (…) c'était possible au début du 19e siècle, ce n'est plus possible (…) Notre siècle est d'une grandeur extraordinaire et impose la grandeur, voire la grandiloquence ». À croire que Grégoire Gensse a entendu ces paroles prophétiques, lui qui repousse par-delà l'imagination les limites des possibles musicaux. De fait, c'est le terme même d'hybridité qui est à ranger au placard tant il paraîtra has been à côté de ce monstre dadaïste et fantasque. On aura beau dire, le 21e siècle restera dans les annales, coûte que coûte !

« Mais est-ce qu'un camion qui passe devant une école de musique c'est de la musique ? », voilà la question décalée et on ne peut plus pertinente que pose la troisième piste « Toubifris suite Pt. 1 » dont l'entrée en matière semble tout droit sortie d'un film de la Warner Bros ou d'Universal Pictures. Jurassic Park le retour. Vous savez, cette fameuse bo qui a fait le tour du monde. Avec la Pt. II et la Pt. III, on ne s'étonnera même plus de voir Flash Gordon débarquer dans notre chambre. Sacré comic strip tout de même. À dire vrai, l'auditeur ne saura guère sur quel pied danser dans ce mic-mac indémêlable mais soignement mené de but en blanc, patchwork surréaliste et dantesque qui nous jette sans prévenir sur un plateau garni de mandalas labyrinthiques et abyssales faisant office de partition. « Chérie j'ai rétréci les auditeurs ! » s'écrirait presque notre orchestre. Quant au reste...« Satu hari » dispense ses râles de malades à l'agonie auxquels succèdent des jappements de chiens, des grouinements de cochons, des barbotements d'enfants gazouillants... Welcome to the hospital. Une authentique musique pour psychotiques et névrosés, vous allez halluciner. Pour son beau mixage entre rap, funk et ballade pop, « The jewish cowboy » se doit d'être entendu. Et « Cinderella » propose un joli conte de fée agréable aux oreilles, les voix féminines et le clavier de Gensse donnant de la douceur à cet album sauvage construit dans une anarchie consciencieuse et, ceci étonnera plus...entièrement maîtrisée. On n'aura pas fini d'être surpris.

Un album jazz hystérique puissant, jusqu'au-boutiste, quasi symphonique –ayant, à certains égards, les éclats de lumière d'un Steve Reich- qui laissera peu de choix à l'auditeur. À prendre ou à laisser. Affaire de goût donc. Mais rappelez-vous, toujours une deuxième écoute, affaire d'éthique. Il faut laisser du temps au temps. « Pause ».

Agathe Boschel

Line up : 

Direction, composition, clavier, ukulélé, trompette Grégoire Gensse Trompettes Félicien Bouchot, Emmanuelle Legros, Yannick Pirri Saxophones Stéphanie Aurières, Thibaut Fontana, Antoine Mermet, Yannick Narejos, Benjamin Nid Clarinette Elodie Pasquier Flûte Mathilde Bouillot Trombones Aloïs Benoit, Grégory Julliard Vibraphone et percussions Mélissa Acchiardi Batterie Corentin Quemener Guitare François Mignot Basse Lucas Hercberg

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