«Les vaches ! Ils ont oublié Joe Henderson. » Une fois notée l'absence du ténor de votre choix, écoutez cette compilation. Que veut nous faire entendre Cristal Records ? Tout d'abord un instrument. Le sax ténor, entre sa période swing (les Big Bands de Basie, Ellington ou Hawkins...) et le Coltrane d'avant A Love Supreme. Et déjà le label de La Rochelle se distingue, en évitant de mêler le ténor à l'alto ou au soprano. C'est rare, et ça fait plaisir. Donc, on écoute. Les morceaux sont plus ou moins ordonnés selon la chronologie, et la première partie offre un éventail plutôt classique malgré de bonnes pépites qu'on a pas l'habitude de voir : la ballade sucrée de Flip Philips en fait partie. Arrivés dans les années 50 avec Paul Gonsalves, l'homme des légendaires 27 chorus de Newport en 1958, on se sent déjà conquis par l'équilibre entre les passages obligés (énorme Ben Webster) et les découvertes. Mais ça s'améliore après.

Le jeune Dexter Gordon, franchement be-bop ; c'est osé et réussi. Son duel avec Wardell Gray est un long et jouissif combat de boxe. Accompagnés par de purs génies, on redécouvre les grands noms, particulièrement Sonny Rollins. Porté par Art Blakey et Cedar Walton, il révèle l'infini potentiel extatique du ténor entre soli incroyablement lyriques et des chorus qui surprennent encore aujourd'hui par leur fausse naïveté et leur malice. Ces 75 minutes de bonheur old school balayent tous les jeux du ténor et parcourent avec originalité l'histoire de ces années charnières jusqu'au hard-bop, au modal ou au cool. Rien à dire, à part qu'on veut la suite : les années 60 qu'annonce Wayne Shorter en conclusion, le free, le Coltrane mystique... Et Joe Henderson.

 Pierre Tenne

 

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