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Spyro Gyra - The Rhinebeck Sessions, Crosseyed Bear Productions (sept. 2014)

À près de quarante ans de carrière, que pouvait bien faire Spyro Gyra pour nous surprendre encore sans perdre pour autant son identité ?... C'est la question matricielle de cet album soulignée par le saxophoniste Jay Beckenstein lui-même : « As I thought about doing another record, I asked myself, what is it that makes Spyro Gyra special ? ». Peut-être le savez-vous déjà mais les critiques puristes ont souvent reproché au groupe millésimé une approche trop mélodique et un manque d'improvisation. Notre quintet aura prêté une oreille attentive aux langues de bois puisque cet album devrait les affamer pour de bon, détruisant à jamais l'herbe de leurs tendres pâturages.

En avril 2013, nos camarades se sont enfermés durant trois jours dans un studio d'enregistrement de Rhinebeck - petite ville de l'Hudson Valley pas très loin de Woodstock...- pour écrire et enregistrer intégralement ce nouvel album. The Rhinebeck sessions. « It was time to go into the studio with very little planned and see what might come out of it. » dixit Beckenstein. Et l'on saluera la performance. Bien sûr, il faut prendre cet album comme une dédicace faite à leurs fans. Surtout un aveu franc et spontané, celui d'un groupe qui vieillit mine de rien. N'oublions pas qu'il ne reste que deux des membres du groupe d'origine, Jay Beckenstein et le claviériste Tom Schuman. Les terres basses fertiles de l'Hudson Valley, ses collines vallonées et ses panoramas grandioses ont certainement apporté de l'eau au moulin de nos cinq gaillards. Mais une eau de source douce comme un vin doux séculaire. Cultivons les paradoxes, notre groupe les motive sans cesse dans ces drôles de sessions.

De fait, c'est un album calme qu'il nous propose ici. Malgré l'improvisation collective, nos cinq garçons n'oublient pas les racines de Spyro Gyra plantées dans ce Jazz-Rock-Fusion flirtant avec le Smooth Jazz. On retrouve donc ces douces sonorités qui les caractérisent, cette mélodie lisse quoique perpétuellement en déroute par son caractère improvisé. Le corps musical de Spyro Gyra acquiert désormais un son légèrement plus tâtonnant, se délie et se fragmente à rythme lent. Une tortue marchant tantôt sur des œufs, tantôt sur des charbons ardents. Pardonnez l'image, Spyro Gyra me souffle des incongruités à l'oreille... Bien sûr ces Rhinebeck sessions ne s'écoulent pas comme un long fleuve tranquille. Notre oreille guettera en permanence ce saut qu'accomplirait la ligne mélodique de cette musique si seulement elle pouvait faire oeuvre à part entière. Or il serait en vérité plutôt obsolète d'écouter cet ovni discographique comme on écouterait l'un des albums classiques de ce groupe du troisième âge. Ne nous mentons pas, on écoutera moins une « musique » de Spyro Gyra que le groupe de musiciens à proprement parler. Et c'est là l'intérêt du disque.

Lorsque Spyro Gyra a une idée en tête, il va vraisemblablement jusqu'au bout. Preuve en est les titres extravagants qui, lorsqu'ils ne sont pas sortis de leur contexte, présentent a priori la seule cohérence de l'improvisation : « Sorbet », « I Know what you Mingus », « Clubbhouse Jam »... Voici un joyeux pot-pourri qui n'enlève en rien à l'homogénéité intrinsèque de l'album. On le saura désormais : trois jours d'improvisation suffisent pour créer une harmonie d'ensemble à l'échelle d'un album. Le dernier morceau quant à lui pose la question maîtresse de ce dernier bébé de nos amis jazz-rockeurs : « Who knew ! ». Qui sait quoi ?... Ce qui pouvait sortir de ces sessions improvisées ? Ce qui plairait aux adorateurs de la première heure ? Quelle nouveauté le groupe offrirait après tant d'années ? Comment serait reçu cet album ? Les fans eux le savent, qui ont appris à écouter attentivement le dinosaure américain depuis longtemps.

The Rhinebeck sessions. Pour les fans inconditionnels de Spyro Gyra.

Agathe Boschel

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