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L'audace ne fait pas défaut à Snarky Puppy. Pour son entrée chez Impulse!, le groupe s'accompagne de l'ensemble néerlandais Metropole Orkest... Jubilatoire ! Six titres instrumentaux d'une fraîcheur lyrique, où les styles s'éclatent pour mieux fusionner. On reconnaît bien là l'esprit du collectif de Brooklyn : donner dans la luxuriance des formes pour aborder pleinement l'essence « groovistique » du jazz. Un retour en force qui, cette fois, propose de nous plonger dans une orchestration surprenante. Surprenante car, en définitive, l'écoute de ce Sylva amène à reconsidérer le disque comme une seule et même pièce musicale : un opéra. Des grooves New Orleans (« Atchafalaya ») aux pulsations electro, on y perd carrément le fil des âges. De quoi abolir toute idée de conservatisme tenue en joue par les ennemis de la modernité. On ne peut que saluer la démarche !

Côté musique, la pièce, pour ainsi dire, maîtresse de l'album, « The Curtain », semble illustrer pleinement l'enjeu esthétique du chiot narquois : un quart d'heure d'enjambées cinématographiques aventureuses où, sous les violons du Metropole Orkest, la fusion s'adonne au melting-pot des bass-beats avant un magnifique outro de piano étalé sur 3 minutes. Il en émane une émotion indescriptible... De la félicité peut-être. Et pourtant, rien sur le moment ne laisse présager la suite dramatiquement épique de « Gretel ». Un moment fort, prenant, imposant même. Ce genre de morceau que l'on retrouve au septième art lorsque le protagoniste meurt dignement en sauvant son monde de l'extinction ; vous visualisez le concept !

C'est alors que la dernière pièce « The Clearing » est amorcée sur un ton quelque peu inquiétant. Mais vite le tourment se mue en quelque chose de plus léger, de plus glorieux. Un rythme funky, une guitare exotique... Puis l'emballement des cuivres retentit. Ca groove toujours, mais de manière plus énervée. La parole est donnée à la gratte pour une leçon de rock à l'ancienne que le public est loin de rejeter. Par dessus les barrières esthétiques auxquelles se limitent bien des artistes, le Snarky Puppy est là pour prêcher la bonne parole : le jazz est musique, la musique est sans limite.

Alexandre Lemaire