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Shauli Einav, la figure montante du jazz israélien décrit son nouvel album « A truth About Me » comme « Un voyage introspectif ». Il explique que son album est une réflexion sur le « fonctionnement de l’esprit humain, sur les vérités relatives que l’on peut s’inventer avec la conclusion que la sincérité est la seule vérité tangible… » Alors on s’embarque pour un périple mouvementé en 10 titres, ou les morceaux reflètent toujours un peu plus la subtilité et la diversité harmonique des compositions du jeune saxophoniste Shauli. Une introspection c’est avant tout une recherche et l’album prend la forme sonore d’une véritable exploration. Il n’y a pas de direction unique mais une multitudes de possibilités harmoniques, rythmiques et mélodiques que Shauli et ses acolytes n’hésitent pas à explorer avec un enthousiasme certain. Parfois on ne sait pas sur quoi se concentrer tellement les compositions sont riches. On est balancé entre les changements fréquents de tempos et de rythmiques, les mélodies sinueuses tantôt doublées par le trombone ou le saxophone, par les moments improvisés qui s’entremêlent avec la musique écrite, par les oscillations d’harmonies… Einav ne va pas à l’évidence mais nous fait découvrir toutes les facettes de son jeu ou plutôt toutes les couleurs de sa personnalité, qui se révèlent être sur certains morceaux assez sombre et torturée. En tant qu’auditeur on est mis à l’épreuve et c’est agréable. Shauli s’inspire de beaucoup d’influences : jazz be-bop et contemporain, sonorités arabo-andalouses et musique classique. Certains passages font même penser à de la musique de chambre. En ce sens, on ne peut pas uniquement catégoriser Shauli dans la mouvance du jazz israélien, représentée par Omar Avital, Shai Maestro ou encore Avishai Cohen. Les solos des artistes montrent tour à tour la virtuosité de chacun des soufflants. On retient le son chaud et rond  d’Andy Hunter au trombonne, qui vient parfois jouer le rôle d’une pommade, après les élans criants du saxophone de Shauli qui est beaucoup mis en avant. On regrette un peu le manque de solo à la basse et à la batterie. Le dernier morceau,  « A truth About me » est une ballade qui ressemble à une réconciliation après un travail d’introspection tourmenté. C’est peut être le moment ou Shauli a conclu que la « la sincérité était la seule vérité tangible ». En tout cas, Shauli nous raconte sur cet album son histoire intérieure avec une transparence touchante. « A truth about me » est pour moi une découverte époustouflante. A ne pas manquer.

 Tiphaine Guerout