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Il me vient des envies misogynes. Haïr les femmes ! Plutôt l'usage qu'en font trop souvent les commerciaux du jazz, tradition musicale qui n'en finit plus de se prendre la charleston dans le tapis de ses clichés : couleurs de peau, speak easy enfumés, drogue, lumières tamisées, etc. Et les femmes donc.

https://youtu.be/fmVUR-Y-llk

Dans le jazz, une femme chante. Au mieux peut-elle s'accompagner d'un instrument, qui sera exclusivement un piano, plus encore depuis Diana Krall et Norah Jones. Blanche, cette chanteuse de jazz préférera s'orienter vers un registre très swing, au classicisme bon teint, entre l'easy listening et le standard bien balancé grâce aux instrumentistes cautionnant l'étiquette « jazz » par des solis d'école (Troy Roberts au ténor sur « Tight »). Elle sera sans doute contrainte d'adopter une image de beauté sucrée, reflet de sa voix un peu mutine, toute droit sortie du Hollywood des années 50 et 60. D'ailleurs, elle ne s'occupera que de musiques exhumées de ces décennies (non coquin, pas Anthony Braxton), sans se poser plus de questions.

Cette femme est prête. Elle joue avec un châle en soie sur les coudes. En fusion avec son piano, les yeux clos sur l'infini, elle est artiste. De pied en cape. Comment en douter ? Son micro a cent ans ! Elle est blonde. Elle est belle. Elle est unique, comme sa composition au titre puissant d'originalité : « We could be lovers ». Non dénuée d'humour, elle onomatope (« I won't dance »), cancane (« Quoi, quoi, quoi »), rit, pleure.

Elle n'est surtout pas responsable, au fond, et son album est irréprochable à défaut d'apporter quoi que ce soit au schmilblick. Non, la vraie question : qui croit aujourd'hui que le jazz ressemble à cela ? A jamais ressemblé à cela d'ailleurs ? On continue de lamenter çà et là le rôle des femmes dans un hip-hop qui a su amender (en gros...) le machisme fanatique des années 90, mais la communication autour de certaines de ces chanteuses de jazz obéit-elle à une logique moins réifiante ? Pas sûr que le jazz ni le rôle que les femmes y jouent en sortent grandis, car Sarah McKenzie peut chanter, écrire, jouer aussi bien qu'elle le fait ; on conserve le sentiment qu'elle ne sera jamais plus que cette poupée anachronique d'une musique vidée de sa substance. Sois belle et tais-toi, Sarah... Il me vient des envies féministes !

Pierre Tenne

Sarah McKenzie, We could be lovers, Impulse/Universal, sortie le 18 septembre 2015

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