Revival des années pin up, le Rose Betty Klub nous plonge dans cette synthèse entre énergie rock des débuts et folie dansante du swing. A l'instar du Big Three Trio de Willie Dixon qui mêlait riffs de guitare bluesy à une architecture éminemment jazz, le quintet en devenir pose, sur son premier album, un dynamisme qui touche au cœur. A la manière d'un bon vieux cartoon, l'écoute du disque nous plonge dans la nostalgie des années 30-50 ; un entrain d'antan que la voix de sa Betty Boop de tête, Marie Nosmas (alias Rose Betty), parvient à sublimer sans nous faire tomber dans le cliché. S'il l'on ne peut s'empêcher de percevoir les fortes influences d'Aretha Franklin, Ella Filtzgerald, Nina Simone, Nat King Cole, Dinah Washington et Bessie Smith, la partie instrumentale de l'album semble emprunter son groove ailleurs que dans le vocal/swing, ce style que les adaptes de la tradition s'attellent tristement à jouer de la même manière depuis plus d'un demi-siècle. Pour le coup, certains morceaux valent vraiment le détour. On pense par exemple au reggae « Blue Moon » où le jeu de steel guitare apporte cette délicieuse touche hawaiienne dont étaient fervents Buddy Emmons ou Santo & Johnny. Le titre suivant, « Jump Back Honey » pallie lui aussi les héritages vocaux de l'entre-deux guerre en poussant le tempo plus loin dans le jeu et dans l'époque : le choeur de voix des musiciens s'emballe au rythme tribal de la batterie, à l'image de l’effréné « Hey Pachuco » des Royal Crown Revue.

L'album est pour le reste empreint d'une rigoureuse simplicité. On martèle du pied, on balance la tête. L'idée est là : donner le swing, la bougeotte du blues, comme Cab Calloway ou Chuck Berry savaient si bien faire. Pour autant, le Betty Rose Klub ne manque pas d'intégrer à sa musique un aspect soul-jazz qui n'est pas pour nous déplaire. Non sans rappeler certains bons moments passés à écouter Gene Harris, les phrasés du pianiste Joe Valentine et du guitariste Jony Mustang, parviennent, en illuminant les couleurs du passé, à nous extraire du simple hommage aux divas de la black music.

Alexandre Lemaire